CORNÉLIE
M. yeux, puis-je vous croire, et n'est-ce point un songe, Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge ? Te revois-je, Philippe ? et cet époux si cher
A-til reçu de toi les honneurs du bûcher ?
Cette urne que je tiens contient-elle sa cendre?
O vous! à ma douleur objet terrible et tendre, Éternel entretien de haine et de pitié,
Restes du grand Pompée , écoutez sa moitié.
N'attendez point de moi de regrets ni de larmes ; Ungrandcœur à ses maux appliqued'autres charmes. Les foibles déplaisirs s'amusent à parler,
Et quiconque se plaint cherche à se consoler.
Moi, je jure des dieux la puissance suprème ,
Et, pour dire encor plus, je jure par vous-même, Car vous pouvez bien plus sur ce cœur afifligé
Que le respect des dieux qui l'ont mal protégé;
Je jure donc par vous, à pitoyable reste,
Ma divinité seule, après ce coup funeste,
Par vous, qui seul ici pouvez me soulager ,
De n'éteindre jamais l'ardeur de le venger. Ptolémée à César , par un lâche artifice,
Rome, de ton Pompée a fait un sacrifice;
Et je n'entrerai point dans tes murs désolés,
Que le prêtre et le dieu ne lui soient immolés. Faites-m’en souvenir , et soutenez ma haine,
O cendres, mon espoir, aussi bien que ma peine ; Et, pour m'aider un jour à perdre son vainqueur , Versez dans tous les cœurs ce que ressent mon cœur.
Toi qui l’as honoré sur cette infime rive
D'une flamme pieuse autant comme chétive?,
‘ Ce morceau est le dénouement sublime d'un cinquième acte sublime, et dans lequel la terreur tragique est portée à son
* comble.
1 Malgré la remarque de Voltaire, je pardonnerals à l'expression chétive, qui rend si bien la pensée en faisant une vive image.
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