VALAMIR
L'empire, je l'avoue, est encor quelque chose "; Mais nous ne sommes plus au temps de Théodose ; Et, comme dans sa race il ne revit pas bien”, L'empire est quelque chose , et l'empereur n’est rien. Ses deux fils n'ont rempli les trônes des deux Romes Que d'idules pompeux, que d'ombres, au lieu d'hommes”. L'imbteile fierté de ces faux souverains,
Qui n'osoit à son aide appeler les Romains,
Parmi des nations qu'ils traitoient de barbares Empruntoit, pour régner, des personnes plus rares; Et, d'un côté, Gaïinas, de l'autre, Stilicon,
A ces deux majestés ne laissant que le nom,
On voyoit dominer d'une hauteur ézale |
Ua Goth dans un empire , et dans l'autre un Vandale. Comme de tous côtés on s'en est indigné,
De tous côtés aussi pour eux on a régné.
Le second Théodose avoit pris leur modèle :
Sa sœur, à cinquante ans , le tenoit en tutèle,
‘Et fat, tant qu'il régna , l'âme de ce grand corps,
Dont elle fait encor mouvoir tous les ressorts {.
Pour Valentinien , tant qu’a vécu sa mère,
Jl a semblé répondre à ce grand caractère :
Il a paru régner ; mais on voit aujourd’hui Qu'il régnoit par sa mère ; ou sa mère pour lui; Et depuis son trépas, il a trop fait connoîtfe : Que, s’il est empereur, -Aëtius est maître; Et ce seroit sa sœur qu'il faudroit obtenir,
Si jamais. aux Romains vous vouliez vous unir.
* Mais le grand Mérovée est un roi magnanime,
Amoureux de la gloire, ardent après l'estime, Qui ne permet aux siens d'emploi ni de pouvoir , Qu’autant que par son ordre ils en doivent avoir. Il sait vaincre et régner, et, depuis sa victoire, S'il a déjà soumis et la Seine et la Loire,
Quand vous voudrez aux siens joindre vos combattants, La Garonne et l’Arar ne tiendront pas longtemps.
* Napoléon, parlant de l'Allemagne à nne certaine époque, aurait pu s'exprimer ainsi, sans que ce langage simple et accompagné dn ton sérieux d'un homme qui pèse dans ses mains la valeur d'un empire parût étrange : à plus forte raison cette expression familière ne messied point dans la bouche d'Attila. Du reste, il ne faut pas faire adopter légèrement ces locutions à la tragédie.
? Hémistiche dénué de toute élégance.
# La pensée est belle , l'expression viciense, 4 Racioe a dit dans Britannicus :
Et que derrière un volle, Invisible et présente, J'étais de ce grand corps l'âmetoute-puissante.
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Alors ces mêmes champs , témoins de notre honte, En verrontla vengeance et plushauteetplusprompte; Et pour prix glorieux d'avoir su nous venger, Vous aurez avec lui la Gaule à partager,
D'où vous ferez savoir à toute l'Italie
Que lorsque la prudence à la valeur s'allie, Chacun doit lui céder , et qu'il est temps qu’enfin Et du Tibre et du Pô vous fassiez le destin '.
d __ ARDARIC,
après avoir conseillé au barba1re d'éponser la princesse romaine Honorie, qui peut l'associer avec elle à l'empire, continue ainsi :
Allez, la force en main, demander ce partage, Que d'un père mourant lui laissa le suffrage.
Sous ce prétexte heureux, vous verrez des Romains Se détacher de Rome , et vous tendre les mains. Aëlius n'est pas si maître qu’on veut croire;
Il a jusque chez lui des jaloux de sa gloire ;
Et vous aurez pour vous tous ceux qui dans le cœur Sont mécontents du prince ou las du gouverneur *. Le débris de l'empire a de belles ruines : .
S'il n'a plus de héros, il a des héroïnes ;
Rome vous en offre une et part à ce débris; Pourriez-vous refuser votre main à ce prix ?
Iidione n'apporte ici que sa personne;
Sa dot ne peut s'étendre aux droits d'une couronne, Les Francs n'admettent point de femme à dominer ; Mais les droits d'Honorie ont de quoi tout donner *. Attachez-les , seigneur, à vous, à votre race;
Du fameux Théodose assurez-vous la place :
Rome adorc la sœur; le frère est sans pouvoir ;
On haït Aëtius : vous n'avez qu'à vouloir !.