‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 585 sur 914 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

AGRIPPINE

À PPROCHEZ-VOUS , Néron, et prenez votre place*. On veut sur vos soupçons que je vous satisfasse. J'ignore de quel crime on a pu me noircir :

De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir.

Vous régnez : vous savez combien votre naissance Entre l’empire et vous avoit mis de distance.

Les droits de mes aïeux , que Rome a consacrés, Etoient même sans moi d'inutiles degrés.

Quand de Britannicus la mère condamnée

Laissa de Claudius disputer l'hyménée,

Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix, Qui de ses affranchis mendièrent les voix,

Je souhaitai son lit, dans la seule pensée ‘

De vous laisser au trûne où je serois placée.

pous rappelle la même lecon par l'exemple d'Hermione : elle ordonne la mort de Pyrrhus, qu'Orcste fait assassiñer par ses am's; et les deux coupables portent la peine de leur crime commun. Voilà les conséquences du despotisme des passions révoltées contre la nature et la raison. Il faut suivre de scène en scène la pièce de Racine, pour juger de la beauté du dénoñment préparé de si loin et amené par des péripétics anssi tragiques qu'imprévues. Telle est, par exemple, celle de la mort d'Herinione, qui vient de s'imimoler sur le corps sanglant de Pyrrhus; c’est le coup de foudre qui, après avoir terrasté Oreste, réveille ensuite son désespoir et lui arrache les sublimes imprécations qui achèvent de le prindre. Racine, jar des motifs judicieux, n'a pas voulu nous montrer ici, daus Oreste, l'assassin d'une mère : nous n'aurions pu souffrir en lui le veprésentant de la Grèce et l'amant d'Iermione; seulement, une espèce de souvenir vague du parricide qui plane sur toute la pièce donne à ses fureurs, qui sout des remords attachés à Ini comme autant de vautours, un caractère plus effrayant. Toutefols ce terrible dénoûment serait plus tragique encore s’il venait immédiatement après le parricide, et nous para ssait &ire le préluile des peines du Tartare.

{ Ce ton de supériorité est bien celui d'unc reine et d'une mère habituée au commaudemeut. Agrippine ne voit daus Néron que son fs, ct dans l'empereur que sou onvr. gr.

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Je fléchis mon orgueil; j'allai prier Pallas ”.

Son maitre, chaque jour caresæ dans mes bras, Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulois amener <a tendresse.

Mais ce lien du sang , qui nous joignoit tous deux, Écartoit Claudius d'un lit incestueux :

11 n'osoit épouser la fille de son frère.

Le sénat fut séduit; une loi moins sévère

Mit Ciaude dans mon lit et Rome à mes genoux. C'étoit beaucoup pour moi : ce n'étoit rien pour vous. Je vous lis sur mes pas entrer dans sa famille, Je vous nommai son gendre , et vous donnai sa fille. Silanus , qui l'aimoit, s'en vit abandonné,

Et marqua de son sang ce jour infortunc.

Ce n'étot rien encore. Eussiez-vous pu prétendre Qu'un jour Claude à son fils dût préférer son gendre ? De ce même Pallas j'implorai le secours :

Claude vous adopta, vaincu par ses discours, Vous appela Néron, et du pouvoir suprême Voulut, avant le temps, vous faire part lui-même. C'est alors que chacun, rappelant le passé, Découvrit mon dessein, dejà trop avancé ;

Que de Britannicus la disgräce future

Des amis de son père excita le murmure”.

Mes promesses aux uns éblouirent les yeux ; L'exil me délivra des plus séditieux ;

Claude mème , lassé de ma plainte éternelle, Éloigna de son fils tous ceux de qui le zèle,

1 Agrippine aller prier Palos, un affranchi! Voilà de ces hassesses auxquelles l'ambition descend, parce que l'insatiable fureur de s'élever lui donne de liches couseils, et la porte à prendre saus rougir tous les moyens, mème les plus vils, rour parvenir à son but. Massillon. dans ses sérmons sur l'ambltion , représente sous les plus vives contours les misères et les indiguités anxquelles se ravalent trop souvent les hommes possédés de cette passion, et qui nous éblouissent par un faste de grandeur.

2 Après l'adoption de Néron, qui fut l'ouvrage de Pallas, on reudit à Claude des actions de grâces avec des flatteries plus recherchées en l'honneur de Doniitius ; on porta une loi qui le fit entrer dans la famille de Chudius , avec le nom de Néon: le titre d'Augnste fut déféré à sa mère. Dés lors il n'y eut point de cœur si insensible qui ne fùt afflisé du malheur de la fortune de Britannicus.

(TAGITE , Annales, ÜL.'XIT, chap. 41.)

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