PRE EME
Quel plaisir de penser et de dire en vous-même : Seigneur ; on le trahit : je sais son innocence; co « Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime, | Je vous réponds pour lui de son obéissance. On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer; | J'y Cours; je vais presser un entretien si doux. e Le Ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer; nn je Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ; LE ch Je vois voler partout les cœurs à mon passage. » Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous. “> Tels étoient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux! |. | : Le sang le plus abject vous étoit précieux. | . Un jour, il m'en vien + le sénat équitable peup'e qui soulève la patience des cœurs même les plus tran- . Vous pressoit de souscrire à la mort d'un coupable, quil'es, ut l'orgueil funeste et trop commun dans les grands 6 Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité ; empires de sizualer mon pouvoir par la terreur, n'ont pu %° Votre cœur s'accusoit de trop de cruauté ; m'arracher uu scul acte de cruauté. Sous mon règn-, le glaive ce
reste caché, ou plutôt enchaîné Je suis avare méme du sang 22 le plus vil. » On lit plus loin : « Un roi ne possède une gran- °* deur assise sur des foudements stables, que quand tout le de monde se dit : C’est pour nous et non pour lui qu'ilest au-dese © sus de tous... En le voyant sortir de son palais, les sujetsne < prenaent pas la fuite conme à l’aspect de quelque bête farouche, tmais ils accourent en foule coinme pour contempler uu °* asire brillant et bieufaiteur., » 7
On voit ici un nouvel exemple de l’art judicieux avec lequel Racine savait choisir même entre de belles choses , et donner °° un uouvel éclat'aux traits qu'il empruntait. ce
‘ Ou lit encore daus Sénèque , dont Racine a empruntéce 2° trait : « O paroles qui devraient retentir dans l'assemb'ée du . genre humuia , et par lesquelles les priuces et les rois devraient ; jurer. » : ce
Ici doit trouver sa place une réflexion très-juste de La Harçe: °© « Liest permis de se servir de l'amour-propre d'uu iméchant ds pour le rendre meilleur : c'est l'office d'un honncte homme, à c'est celui de Burrhus. Narcisse , au contraire. se serviratout °; à l'heure de l'amour-propre de Néron pour le porter an Crime : a c'est l'office d'un scélérat. Burrhus et Narcisse soutiennent le
Et, plaignant les malheurs attachés à l'empire : « Je voudrois, disiez-vous, ne savoir pas écrire *. »
* Racine , en un seul vers, dil plus de choses et avec plus d'énergie que Sénèque dans un assez long morceau dont voici les principaux traits : « Ce que la cruauté à de pire , c'est qu'il ÿ faut persévérer, et qu'elle n'ouvre pas de retour vers l'humanité. En effet, il faut protéger les crimes par des crimes... Qu'il est à plaiudre l'homme pour qui le mal est désormais
. une nécessité... De quelque côté qu'il se tourue pour cousidérer ce qu'il a fait et ce qu'il doit faire eucore , en découvrant . sa Conscience pleiue d’attentats et de remords, souvent il craint la mort, plus souvent il la désire. Traité de la Clémence, liv. 1, ch. 13.
» Jinitation heureuse de ce mot énergique, fimet timentes.
“ Le monologue d'Augustr, dans la pièce de Cinna, exprime toutes ces idées avec la plus vive éloquence :
Mais quol , toujours du sang et toujours des supplices , elc.
4 On lit dans le mème Traité de Sénèque : « Qu'il est doux de pouvoir se dire à soi-même : Seul , entre tous les mortels. j'ai été agréable au ciel , et j'ai été choisi pour représenter les dieux sur la terre ; je suis l'arbitre de la vie et de la mort des hommes. et dans un si haut degré de puissance, ni la colère
rôle qui leur est propre. 1l faut ajouter que, fidele observateur de la vérité en toutes choses, Racine , en livrant Néron à Narcisse au sortir de l'entretien ‘avec Burrhus, nous montre ici l'image de ces cours corrompues où à peine un honnëte homme est parvenu à se faire entendre du prince, qu'aussitôt il survent uu pervers qui s'applique à détruire par son souffle empesté les gcrines de vertu que la probité vient de semer dans
ni la fougue de la jeunesse , ni la résistance et la témérité du ‘ uu cœur encore suscepüble de les féconder. »