DIX-SEPTIÈME
SIÈCLE
J'estime que le prince est moins que son valet". C'est pourquoi je ne tends à fortune si grande : Loin de l'ambition la sagesse commande ;
Et ne prétends avoir autre chose, sinon
Qu'un simple bénéfice et quelque peu de nom,
A fin de pouvoir vivre avec quelque assurance , Et de m'ôter mon bien que l'on ait conscience. Alors, vraiment heureux, les livres feuilletant, Je rendroïis mon désir et mon esprit content ; Car , sans le revenu , l'étude nous abuse,
Et le corps ne se paît aux banquets de la muse. Ses mets sont de savoir discourir par raison, Comme l'âme se meut un temps en sa prison, Et comme, délivrée, elle monte, divine,
Au ciel, lieu de son être et de son origine; Comme le ciel mobile , éternel en son cours, Fait les siècles, les ans, et les mois, et les jonrs ; Comme aux quatre éléments les matières encloses Donnent, comme la mort, la vie à toutes choses ; Comme premièrement les hommes dispersés Furent par l'harmonie en troupes amassés,
Et comme la malice , en leur âme glissée, Troubla de nos aïeux l’innocente pensée,
D'où naquirent les lois , les bourgs et les cités, Pour servir de gowrmette à leurs méchancetés *.
4 Vers dont Molière n'aurait pas manqué de s ‘emparer sien avait eu besoin.
* Horace est bien plus attachant dans ce passage de l'épitre précitée : « La conversation s'élève, non pas sur les terres et les maisons du voisin, ou sur le mérite de tel ou tel danseur; mais sur les choses qui nous touchent de plus près et qu'il est honteux d'ignorer. On se demande si c'est la verta ou le bonheur qui rend les hommes heureux ; si c'est l'intérêt ou l'estime qui fait les vrais amis ; quelle est la mesure du bien, et quel est le souverain bieu.
Cet agréable passage rappelle ces vers de La ste. dans la fable de Philémon et Baucis :
Et pour tromper l'ennui d'une attente Importune, {ientretint les dieux, non pas sur la fortune,
Sur ses Jeux, sur la pompe et la grandeur des rois, Mails sur ce que les champs, les vergers et les bois Oat de plus inuocent, de plus doux, de plus rare.
C'est dans cette satire que Régnier a placé la fable du Cheval, du Mulet et de la Lionne, fable pleine de verve, de puérie et de grâce ; on peut la comparer à celle de La Fontaine sur le méme sujet. Comme Horace, Réguier a été fabuliste, et comme son maitre il a fait un chef-d'œuvre. Boileau a voulu essayer aussi le genrè de la fable; mais il est resté bien au-dessous d'Horace , de Régnier el de La Fontaine.