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Prouver qu'ils ont raison de censurer leurs vers ? Alors qu’un œuvre brille et d'art et de science,
La verve quelquefois s'égaie en la licence".
Jis semble, en leurs discours, hautains et généreux, Que le cheval volant n'ait pissé que pour eux; Que Phébus à leur ton accorde sa vielle :
Que la mouche du Grec leurs lèvres emmielle : Qu'ils ont seuls ici-bas trouvé la pie au nid,
Et que des hauts esprits le leur est le zénith, Qu'eux tous seuls du bien dire ont trouvéla méthode, Et que rien n'est parfait, s’il n’est fait à leur mode.
Cependant leur savoir ne s'étend seulement
Qu’à regratter un mot douteux au jugement, Prendre garde qu'un qui neheurteune diphthongue, Epier si des vers la rime est brève ou longue,
Ou bien si la voyelle, à l'autre s’unissant,
Ne rend point à l'oreille un vers trop languissant, Et laissent sur le vert le noble de l'ouvrage. Nul aiguillon divin n'élève leur courage ? ;
Ils rampent bassement , foibles d'invention,
Et n'osent, peu hardis, tenter les fictions : Froids à l'imaginer ; car, s'ils font quelque chose ; C'est proser de la rime et rimer de la prose,
Que l'art lime et relime, et polit de façon
Qu'elle rend à l'oreille un agréable son.
Et voyant qu'un beau feu leur cervelle n'embrase ; Ils attisent leurs mots, enjolivent leur phrase,
A ffectent leur discours, tout si relevé d'art :
Et peignent leurs défauts de couleur et de fard. Aussi je les compare à ces femmes jolies,
Qui par leurs affiquets se rendent embellies ; Qui, gentes en habits et sades en façons ;
Parmi leur point coupé tendent leurs hamecons ; Dont l'œil rit mollement avec afféterie,
Et de qui le parler n'est rien que flatterie ;
‘ Vers charmants qui semblent être de La Fontaine. Ii est fâcheux de les voir suivis par d'autres vers qui donnaient si beau jeu à la critique. |
* Voilà d'excellents vers, et qui, sauf l'exagération , CON-
tiennent une critique juste et vraie des défauts de Malherbe et de ses imitateurs.
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De rubans piolés s'agencent proprement ,
Et toute leur beauté ne gît qu'en l'ornement; Leur visage reluit de céruse et de peautre :
pe en leur coiffure , un pou ne passe l’autre.
Mais ces divins esprits, hautains et relevés
Qui des eaux d’Hélicon ont les sens abreuv és,
De verve et de fureur leur ouvrage étincele ;
De leurs vers tout divins la grâce est naturelle; Hs ont , comme l'on voit , la parfaite beauté, Qui, contente de soi, laisse la nouveauté
Que l’art trouve au palais ou dansle blanc d'Espagne. Rien que le naturel sa grâce n'accompagne, Son front, lavé d'ean claire, éclate d'un beau teint; De roses et de lis la nature l'a peint;
Et, laissant là Mercure et toutes ses malices,
Les nonchalances sont ses plus grands artifices.
Oa trouve plus loin :
Philosophes rèveurs, discourez hautement; Sans bouger de la terre , allez au firmament ;
. Faites que tout le ciel branle à votre cadence, Et pesez vos discours mêmes dans sa balance ;
Connoissez les humeurs qu'il verse dessus nous, Ce qui se fait dessus, ce qui se fait dessous ”:
Portez une lanterne aux cachots de nature ; Sathez qui donne aux fleurs cette aimable peinture, Quelle main , sur la terre, en broye? la couleur, Leurs secrètes vertus, leur degré de chaleur ; Voyez germer à l’œil les semences du monde : ;
4 Depuis ce vers jusqu'à celui qui Bait par le mot artifices, tout ce passage respire l'audace et l'inspiration du grand poële. Ni Malherbe ni Boileau n'ont fait et n'ont pu faire quelque chose de semblable: et la tirade fiait par un trait digne de La Fon-
taine. 11 ne faut pas beaucoup de ces beautés QE pour .
placer un écrivain au premier rang.
3 Ce vers si énergique pour le sens ne peut passer pour l'expression dans la poésie. noble. I! serait très-bien placé dans la bouche d'un valet de \iolière ou de Regnärd, d'un Frontin raisonneur qui prend des libertés avec son maître.
“ Broye ne peut entrer dans le corps d'un vers qu'avec le secours d'une élision, comme dans ce vers du Lutrin de Boileau :
L'autre brole en rantie vermilton des moines.
+ Si Delille n'a pas pris ce beau vers, c'est qu'il ne l'a pas re-
marqué.
niet
Allez mettre couver les poissons dedans l'onde ; Déchiffrez les secrets de nature et des cieux : Votre raison vous trompe, aussi bien que vos yeux.
La même satire offre des portraits. du soldat , du laboureur, de l'avare, du paysan ; mais celui de l'amant qui accorde toutes les perfections à sa dame re paraît devoir être cité :
L'amant juge sa dame un chef-d'œuvre ici-bas, Encore qu’elle n'ait sur soi rien qui soit d'elle, Que le rouge et le blanc par art la fasse belle; Qu'elle ente en son palais ses dents tous les matins,
Qu'elle doive sa taille au bois de ses patins,
Que son poil, dès le soir frisé dans la boutique, Comme un casque, au matin, sur sa tête s'applique ; Qu'elle ait, comme an piquier , le corselet au dos;
Qu’à grand’ peine sa peau puisse couvrir ses 0,
Et tout ce qui de jour la fait voir si doucette, La nuit, comme en dépôt, soit dessous la toilette ‘.
Boileau :.
Si tu veux posséder ta Lucrècce à tan tour,
. Attends, discret mari, que la bulle en coruette Le soir all étalé son teint sur sa tollette, Et dans quatre mouchoirs de sa beauté salls, . Envole au blanchisseur ses roses et ses lis.
«1l est impossible, dit Lebrun, de présenter des détails si comœuns , sl ingrats en apparence, sous des couleurs plus neuves et sous des formes plus élégantes. » Mais la naïveté de Régnier n'en conserve pas moins son prix.
Ces vers du morceau de Régnier , écrits d'un ton si ferme et d'un style si franc. rappellent ce passage du Misanthrope de Molière , passage imité de Lucrèce :
L'amour, pour l'ordinaire , est peu fall à ces lolx. Et l'on voit les amonts vanter toujours leur cholr. Jamais leur passion n’5 voit rlen de bilämable,
Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable; lis comptent les défauts pour des perfectlons,
Et veulent y donner de farorables noms.
La pâle est au jasmin eu biancheur comparable ; La notre à faire peur, une brune admirable:
La maigre a de la tallte et de la liberté:
La grasse est dans son port pleine de majesté:
La malpiopre sur so! , de peu d'altraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée,
La géanté parait une décsse aux jeu1;
La naine un abrégé des merveilles des cieux : L'orgueilleuse a le cœur digne d’une couronne; La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne; La trop grande parleuse est d'agréable humeur Et la muette garde une honnie pudeur.
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