‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 767 sur 914 · ZÉNOBIE · texte numérisé non relu

ZÉNOBIE

Laissez agir, seigneur, Des soupçons en effet si dignes de son cœur.

Vous ne connaissez pas l'époux de Zénobie, Ni les divers transports dont son âme est saisie ; Pour oser cependant outrager ma vertu, Réponds-moi , Rhadamiste , et de quoi te plains-tu ? De l'amour de ton frère? Ah! barbare, quand même Mon cœur eût pu se rendre à son amour extrême, Le bruit de ton trépas, confirmé tant de fois, Ne me laissait-1l pas maitresse de mon choix ? Que pouvaient te servir les droits d'un hyménée Que vit rompre et former une même journée ?

Ose te prévaloir de ce funeste jour, Où tout mon sang coula pour prix de mon amour. Rappelle-toi le sort de ma famille entière, Songe au sang qu'a versé ta fureur meurtrière, Et considère après sur quoi tu peux fonder Et l'amour et la foi que j'ai dû te garder.

H est vrai que, sensible aux malheurs de ton frère, De ton sort et du mien j'ai trahi le mystère : J'ignore si c'est là te trahir en effet ;

Mais sache que ta gloire en fut le seul objet.

Je voulais de ses feux éteindre l'espérance,

Et chasser de son cœur un amour qui m'offense; Mais puisqu’à tes soupçons tu veux t'abandonner,

Connais donc tout ce cœur que tu peux soupçonner : Je vais par un seul trait te le faire connaître,

Et de mon sort , après, je te laisse le maître.

Ton frère me fut cher , je ne puis le nier :

Je ne cherche pas même à m'en justifier ;

Mais , malgré son amour , ce prince, qui l'ignore, Sans tes lâches soupçons, l'ignorerait encore.

À Arsame.

Prince , après cet aveu, je ne vous dis plus rien ; Vous connaissez assez un cœur comme le mien

Pour croire que sur lui l'amour a quelque empire :

Mon époux est vivant , ainsi ma flamme expire. Cessez donc d'écouter un amour odieux, Et surtout gardez-vous de paraître à mes yeux.

À Rhadamiste.

Pour toi, dès que la nuit pourra me le permettre,

Dans tes mains, en ces lieux, je viendraime remettre.

Je connais la fureur de tes soupçons jaloux ; Mais j'ai trop de verlu pour craindre mon époux.

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