‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 793 sur 914 · VALÈRE. HECTOR · texte numérisé non relu

VALÈRE. HECTOR

As-tu vu, de tes jours, trahison aussi haute ? %

Sort cruel, ta malice a bien su triompher , Et tu ne me flattais que pour mieux m'étouffer. Dans l'état où je suis, je puis tout entreprendre ; Confus, désespéré, je suis prêt à me pendre.

HECTOR, Heureusement pour vous vous n'avez pas un sou Dont vous puissiez, monsieur, acheter un licou.… Voudriez-vous souper ? VALÈRE.

Que la foudre t'écrase!

Ah! charmante Angélique, en l’ardeur qui m’embrase, A vos seules bontés je veux avoir recours.

Je n'aimerai que vous; m'aimerez-vous toujours ? Mon cœur, dans les transports de sa fureur extrême, N'est poiut si malheureux, puisqu'enfin il vous aime. HECTOR, à part.

Notre bourse est à fond , et, par un sort nouveau, Notre amour recommence à revenir sur l'eau.

VALÈRE

Calmons le désespoir où la fureur me livre.

Approche ce fauteuil.

Hector approche nn fauteuil.

VALÈRE , ASSis..

Va me chercher un livre.

HECTOR

Quel livre voulez-vous lire, en votre chagrin? | VALÈRE.

Celui qui te viendra le premier sous la main ; Il m'importe peu : prends dans ma bibliothèque. HECTOR sort, et rentre tenant un livre.

Voilà Sénèque.

VALÈRE

Lis.

HECTOR

Que je lise Sénèque ?

VALÈRE

Oui. Ne sais-tu pas lire ?

HECTOR

Hé! vous n'y pensez pas, Je n'ai lu de mes jours que dans des almanachs.

VALÈRE

Ouvre, et lis au hasard.

4 Ces vers et ceux qui précèdent ont l'air d'une parodie du début des furcurs d'Oreste, daus la pièce d'Andromaque.

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Je vais le mettre en pièces.

VALÈRE

Lis donc.

HECTOR lit.

« CHAPITRE SIX. Du Mépris des richesses.

La fortune offre aux veux des brillants mensongers,; Tous les biens d'ici-bas sont faux et passagers ; Leur possession trouble, et leur perte est légère : Le sage gagne assez quand il peut s'en défaire. » Lorsque Sénèque fit ce chapitre éloquent, Il avait, comme vous, perdu tout son argent.

VALÈRE, Se levant.

Vingt fois le premier pris ! Dans mon cœur ils’élève Des mouvements de rage. Allons, poursuis, achève. HEGTOR.

« or est comme une femme : on n'y saurait toucher Que le cœur, par amour, ne s'y laisse attacher. L'un et l'autre, en ce temps, sitôt qu'on les manie, Sont deux grands rémoras pour la philosophie. » N'ayant plus de maïitrexse, et n'ayant pas un sou, Nous philosopherons maintenant tout le saoul.

VALÈRE

De mon sort désormais vous serez seule arbitre, Adurable Angélique .. Achève ton chapitre.

HECTOR

« Que faut-il ?... »

VALÈRE

Je bénis le sort et ses revers, Puisqu'un heureux malheur me rengage en vos fers. Finis donc.

HECTOR

« Que faut-il à la nature humaine?

Moins on a de richesse, et moins on a de peine : C'est posséder les biens que savoir s'en passer. » Que ce mot est bien dit, et que c'est bien penser ! Ce Sénèque , monsieur, est un excellent homme. Était-il de Paris?

VALÈRE

Non, il était de Rome.

Dix fois à carte triple être pris le premier !

HECTOR

Ab! monsieur, nousmourrons un jour sur unf umier.

VALÈRE

Il faut que de mes maux enfin je me délivre ; J'ai cent moyens tout prèts pour m'empêcher de vivre : La rivière, le feu , le poison et le fer.

HECTOR

Si vous vouliez, monsieur, chanter un petit air;

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