ACTE III, SCENE VI
E mé dénéé de gloire et de gain m ‘importune : ; On doit tout à l'honneur et rien à la fortune. |Le nourrisson du Pinde, ainsi que le guerrier, SS A tout l'or du Pérou préfère un beau laurier. & L'avocat se peut-il égaler au poëte ?
À De ce dernier la gloire est durable et complète;
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Il vit longtemps après que l'autre a disparu : Scarron même l'emporte aujourd'hui sur Patru. Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome, Lieux propres autrefois à produire un grand homme ! L'encre de la chicane et sa barbare voix
N'y défiguraient pas l'éloquence et les lois.
Que des traces du monstre on purge la tribune, J'y monte, et mes talents, voués à la fortune, Jusqu'à la prose encor voudront bien déroger ; Mais l'abus ne pouvant si tôt se corriger,
Qu'on melaisse à mon gré, n'aspirant qu’à la gloire, Des titres du Parnasse ennoblir ma mémoire,
Et primer dans un art plus au-dessus du droit, Plus grave, nlus sensé, plus noble qu'on ne croit.
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La fraude impunément, dans le siècle où nous sommes, Foule aux pieds l'équité, si précieuse aux hommes. Est-il, pour un esprit solide et généreux,
Une cause plus belle à plaider devant eux ?
Que la fortune donc me soit mère ou marâtre, C'en est fait : pour barreau je choisis le théâtre, Pour client la vertu, pour loi la vérité,
Et pour juges mon siècle et la postérité.
Infortuné' je touche à mon cinquième lustre
Sans avoir publié rien qui me rende illustre !
On m'ignore, et je rampe encore à l'âge heureux Où Corneille et Racine étaient déjà fameux !
Ils ont dit, il est vrai, presque tout ce qu'on pense; Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits d'avance ; Mais le remède est simple : il faut faire comine eux; Ils nous ont dérobé : dérobons nos neveux;
Et, tarissant la source où puise un beau délire,
À tous nos successeurs ne laissons rien à dire.
Un démon triomphant m'élève à cet emploi :
Malheur aux écrivains qui viendront après moi!
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rents pauvres, mais honorables, qui donnèrent à leur fils une éducation solide. Le plus grand plaisir du jeune Alexis était de scander des syllabes, de les mettre en ligne et de les rimer tant bien que mal. Son père , quoique lettré, s'efforça de le corriger de ceite manie, et employa mème à cet effet des moyens rigoureux. Piron, parveau à l'adolescence, parut avoir cédé aux volontés paternelles. Un revers de fortune l'empécha de devenir avocat. Il sentit renaître son penchant pour la poésie et vint à Paris où il se vit réduit au métier de copiste à raisou de quarante sous par jour. Après quelques essais pour l'opéra-commique , il donna l'Ecole des Péres et la Fille ingrate , comédies qui n'étaient pas sans mérite. Sa tragédie de Gustave Wasa obtint et méritait du succès, quoique les vers en fussent durs et martelés. A l'âge de cinquante ans, Piron fit la Métromanie, dont personne u'aurait soupçonné le germe en lui. « Cette pitee, dit
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Piron (Alexis) naquit à Dijon, le 9 juillet 1689, de pa- .
La Harpe, est un chef-d'œuvre d'intrigue , de verve comique et de gaieté. Le style étincelle de beautés diverses, et, s'il s'élève quelquefois au-dessus du ton de la comédie, c’est que le métromane sur le trépied a le droit de faire parler Thalie presque comme Melpomène. » Piron a souvent lancé l'épigramme avec beaucoup de bonheur, surtout contre Voltaire, pour lequel il avait une haine d'instinct. Un mariage assez heureux et une pension de mille francs, que Louis XV lui assigna sur sa cassette, le mirent à l'abri du besoin. Il mourut le 21 janvier 1773, à l'âge de quatre-vingt-trois, il avait fait ainsi son épitaphe :
Ci-git Piron, qui nefutrien, Pes même académicien!
Ses œuvres ont été recueillies et publiées en 1776, 7 volumes iu-8°, et 9 volumes in-1{2.
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