LE GAULOIS
T'icrronne rêveur de l’immortalité,
Volontaire martyr d'un culte redouté,
Le Gaulois devinait, dans sa vertu grossière,
De son âme et de Dieu l'origine première.
A l'ombre de ce Dieu , dans un sombre repos, Riche de l'avenir, il oubliait ses maux.
Son âme , à cet espoir tout entière asservie,
Jetait de fiers dédains sur les biens de la vie.
Ce culte sans éclat, cette foi sans erreur,
Contre tous ses e’inemis suffi-aient à son cœur. Son Dieu n'eut point de temple , et par un art frivole Ne fut point profané sous les traits d'une idole.
« Quel immense édifice aurait pu contenir
La sublime grandeur du Dieu de l'avenir ?
Et quelle main impie eût essayé l’image
De ce Dieu tout-puissant dont le monde est l'ouvrage? Lui-même est son image, invisible aux humains ; Et le monde est son temple , élevé par ses mains. L'âme, fille du Ciel, sur la terre exilée,
Par un secret espoir vers le ciel rappelée,
Est un astre qui brille au-delà de nos jours. »
Du barhare Gaulois tels étaient les discours.
Au berceau de son fils, plein d'une auire espérance, }l riait à sa mort, pleurait à sa naissance ;
Et quand, lassé de vivre au sein de ses frimas, Guidé par le soleil vers de plus doux climats,
Il vint détrôner Rome et subjuguer la Grèce,
Sa piété sauvage étonna leur sagesse.
I] vit et méprisa la foule de leurs dieux,
Sur la terre captifs et méconnus des cieux.
Mais sous l’abri sacré dss chènes tutélaires, Ilchantait la mémoire et le Dieu de ses pères, Et voyait asservis à ses mâles vertus
Les fils de Périclès et le sang de Brutus;
Puis, laissant aux vaincus leur vile idolâtrie , Plus fidèle et-plus fier, il revit sa patrie.