BALLANCHE. Î
son passage sur ce beau marbre blanc qu'elle &, /ivifié un instant, et elle s'est envolée vers le séjour éternel. Femme, réjouis-toi, les habitans du séjour éternel te glorifient, parce que tu leur as donné une céleste compagne.
La veuve désolée considérait avec étonnement sa fille , et, en considérant ce beau visage de la vierge, elle conçut la oTande pensée de l'immortalité de l'âme ; elle dit à Job : Je te remercie. Je pleurerai l'absence de ma fille ; je soupirerai après l'instant où je la retrouverai ; je ne pleurerai plus sa mort. Mais, homme de Dieu, dis-tu vrai ? l'âme est-elle immortelle ? Femme, s'écrie Job, as-tu vu la prospérité du méchant ? Oui, répond la veuve, et j'ai accusé la justice de Dieu. L'époux qui m'a été donné dans la joie m'a été ravi dans la détresse. Ma fille, tendre objet d'amour et de pitié, n'a point crû sous le soleil de la patrie ; elle n'a jamais vu les fêtes du sol natal. C'est une plante étrangère qui s'est épanouie à regret pour se flétrir aussitôt ; et cependant notre héritage est dévoré par des gens qui savourent les fruits de notre terre, qui font des noces fortunées, et qui mourront pleins de jours. Eh bien ! reprend le juste, sache que l'âme est immortelle, et tout sera expliqué. Ah ! j'en jure les merveilles de la création, j'en jure la grandeur et la bonté de Dieu, j'en jure la pensée humaine, j'en jure les douleurs et les affections de l'homme, l'âme est immortelle.
Pendant qu'il parlait, une lueur divine illuminait ses yeux, la persuasion sortait de ses lèvres ; la Sunamite pleura de nouveau, et fut de nouveau consolée.
Le patriarche ne se borna point à enseigner à la veuve aflhjrée comment se faisait la restitution de l'être, prodige insondable de la puissance infinie, il ne se borna point à montrer partout, dans la nature, le phénix renaissant de ses cendres, et l'intelligence échappant à la corruption qui atteint les corps ; il A^oulut faire connaître à la triste Sunamite la destinée des méchans. Car, disait-elle avec amertune, si l'intelligence doit échapper à la destruction, l'âme des méchans est immortelle comme celle des bons. Oui, repondait Job, mais sans entrer dans tous les secrets de la
justice éternelle, nous en savons assez pour croire à des purifications mesurées, selon le besoin des âmes. Doctrine des peines et des récompenses, décret immuable pour 'a réhabilitation de l'essence humaine, vous fûtes expliqués à la pauvre Sunamite, qui pleura de nouveau, et fut de nou- A'^eau consolée.
Ainsi Job passait sa vie à faire du bien ; mais Dieu voulut éprouver le juste. Il voulut avoir des entretiens avec lui, au sein de la douleur et de la misère, parce que d'ordinaire les homiïies n'aiment pas à converser avec Dieu lorsqu'ils sont dans l'enivrement de la prospérité. Job ne savait pas les desseins de son créateur, mais il éprouvait qu'une vanité infinie gissait dans l'abondance de tant de biens. Il était eflVayé de la fécondité de ses troupeaux, de la fertilité de ses champs. Aurais-je donc offensé le Seigneur, disait-il, puisqu'il refuse de me visiter ? Il n'y a point d'affliction en moi, et je sens d'autant plus la fragilité de tant de biens, que ces biens ne peuvent me satisfaire. C'est une grande affliction, la plus grande de toutes, que celle de n'avoir rien à désirer, et cependant de désirer toujours. C'est une immense tristesse qu'une tristesse sans objet. Les vœux de Tob furent trop accomplis. , [Orphée.)
LAMENNAIS (Robert-Felicite, abbé de) naquit à Saint-Malo .e 19 juin 1782. UEssai. sur Vindifférence en matière de religion, dont le premier volume parut en 1817, fit dans le public une sensation extraordinaire. On peut dire qu'à l'exception de quelques pages dont la forme ne parait pas assez chltice ni assez sévère, c'est un livre écrit avec cette éloquence vive et passionnée dont il semblait que J.-J. Rousseau eût, en mourant, emporté le secret. Les Paroles d'un Croyant, ouvrag-e dont le fond a été diversement apprécié, n'est littérairetnent qu'une magnifique imitation du style biblique. Puis l'auteur excommunié des Paroles d'un Croyant fit paraître successivement les Affaires de Rome, De VEsclavige moderne et le Pays et le Gouvernement Catholique iiltraniontain, ultra-monarchiste ou démocrate absolu, M. de Lamennais est toujours un grand poète et l'une des plus nobles intelliçences de notre époque.