LES MORTS
Ils ont passé sur cette terre, ils ont descendu le fleuve du lemps ; on entendit leurs voix sur ses bords, et puis l'on n'entendit plus rien. Où sont-ils ? Qui nous le dira ^ Hnireux les morts qui meurent dans le Seigneur.
Pendant qu'ils passaient, mille ombres vaines se présentèrent à leurs regards : le monde que le Christ a maudit leur montra ses grandeurs, ses richesses, ses voluptés ; ils les virent, et soudain ils ne virent plus que l'éternité. Où sont-ils ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.
Semblable à un rayon d'en haut, une Croix dans le lointain apparaissait pour guider leur course, mais tous ne la regardaient pas ! Où sont-ils ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui ineurent dans le Seigneur.
LAMKNNAIS. 175
Il y en avait qui disaient : Qu'est-ce que les flots qui nous emportent ? Y a-t-il quelque chose après le voyage rapide ? Nous ne le savons pas, nul ne le sait, et comme ils disaient cela, les rives s'évanouissaient. Où sont-ils ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.
Il y en avait aussi qui semblaient, dans un recueillement profond, écouter une parole secrète, et puis, l'œil fixé sur le couchant, tout-à-coup ils chantaient une aurore invisible et un jour qui ne finit jamais. Où sont-ils ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.
Entraînés pêle-mêle, jeunes, vieux, tous disparaissaient, tels que le vaisseau que chasse la tempête ; on compterait plutôt les sables de la mer que le nombre de ceux qui se hâtaient de passer. Où sont-ils ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.
Ceux qui les virent ont raconté qu'une grande tristesse était dans leur cœur ; l'angoisse soulevait leur poitrine, e* comme fatigués du travail de vi\Te, levant les yeux au ciel, ils pleuraient. Où sont-ils ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur.
Des lieux inconnus, où le fleuve se perd, deux voix s'élèvent incessamment.
L'une dit : Du fond de VaMme fai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez mes gémissements, prêtez Voreille à ma prière. Si vous scrutez nos iniquités, qui soutiendra vos regards 1 Mais près de vous est la miséricorde et une rédemption immense.
Et l'autre : Nous vous louons, 6 Dieu, 7wus vous bénissons ■' Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées ! La terre et les deux sont remplis de votre gloire.
Et nous aussi, bientôt nous irons là d'où partent ces plaintes ou ces chants de triomphe. Où serons-nous ? Qui nous le dira ? Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur !
{^Fragments inédits.)
Vous n'avez qu'un jour à passer sur la terre ; faites en sorte de le passer en paix.
La paix est le fruit de l'amour ; car, pour vivre en paix, il faut savoir supporter bien des choses.
Nul n'est parfait, tous ont leurs défauts ; chaque homme pèse sur les autres, et l'amour seul rend ce poids léger.
Si vous ne pouvez supporter vos frères, comment vos frères vous supporteront-ils ?
Il est écrit du fils de Marie ; Comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin.
Aimez donc vos frères qui sont dans le monde, et aimezles jusqu'à la fin.
L'amour est infatigable, il ne se lasse jamais. L'amour est inépuisable, il vit et renaît de lui-même ; et plus il s'épanche, plus il surabonde.
Qui s'aime plus que son frère n'est pas digne du Christ, mort pour ses frères. Avez-vous donné vos biens, donnez encore votre vie, et l'amour vous rendra tout.
Je vous le dis en vérité, celui qui aime, son cœur est un paradis sur la terre. Il a Dieu en soi, car Dieu est amoiu-
L'homme vicieux n'aime point, il convoite : il a faim ef soif de tout ; son œil, tel que l'œil du serpent, fascine et attire, mais pour dévorer.
L'amour repose au fond des âmes pures, comme une goutte de rosée dans le calice d'une fleur.
Oh 1 si vous saviez ce que c'est qu'aimer !
Vous dites que vous aimez, et beaucoup dé vos frères manquent de pain pour soutenir leur vie, de vêtements pour couvrir leurs membres nus, d'un toit pour s'abriter, d'un poignée de paille pour dormir dessus, tandis que vous avez toutes choses en abondance.
Vous dites que vous aimez, et il y a, en grand nombre, des malades qui languissent, privés de secours, sur ieur pauvre couche ; des malheureux qui pleurent sans que personne pleure avec eux ; des petits enfants qui s'en vont.
BAHANTK t 77
tout transis de froid, de porte en porte demander aux riches une miette de leur table, et qui ne l'obtiennent pas.
Vous dites que vous aimez vos frères ; et que feriez-vous donc si vous les haïssiez ?
Et moi, je vous le dis, quiconque, le pouvant, ne soulage pas son frère qui souffre, est l'ennemi de son frère ; et quiconque, le pouvant, ne nourrit pas son frère qui a faim, est son meurtrier. [Paroles d'un Croyant.)