APPARITION AU ROI CHARLES VI DANS LA FORÊT DU MANS
Un était alors au commencement d'août, dans les jours es plus chauds de l'année. Le soleil était ardent, surtout dans ce pays sablonneux. Le Roi était à cheval, vêtu de l'habillement court et étroit qu'on nommait im Jacque ; le sien était en velours noir et réchauffait beaucoup. Il avait sur la tête un chaperon de velours écarlate, orné d'un chapelet de grosses perles, que lui avait donné la Reine à son départ Uernère lui étaient deux pages à cheval ; l'un portait un de
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ces beaux casques d'acier légers et polis qu'on fabriquait alors à Montauban ; l'autre tenait une lance, dont le fei avait été donné au Roi par le sire de La Rivière, qui l'avait rapporté de Toulouse, où on les forgeait mieux que nulle part ailleurs. Pour ne pas incommoder le Roi par la poussière et la chaleur, on le laissait marcher ainsi presque seul. Le duc de Bourgogne et le duc de Berri étaient à gauche, quelques pas en avant, conversant ensemble. Le duc d'Orléans, et le duc de Bourbon, le Sire de Coucy et quelques autres étaient aussi en avant, formant un autre groupe. Par derrière, les sires de Navarre, d'Albert, de Bar, d'Artois, et beaucoup d'autres formaient une assez grande troupe.
On cheminait en cet équipage, et l'on venait d'entrer dans la grande forêt du Mans, lorsque tout-à-coup sortit de derrière un arbre, au bord de la route, un grand homme, la tête et les pieds nus, vêtu d'une méchante souquenille blanche. Il s'élança et saisit le cheval du Roi par la bride :
" Ne va pas plus loin, noble roi, cria-t-il d'une voix terrible ; retourne, tu es trahi !" Les hommes d'armes accoururent sur-le-champ, et frappant du bâton de leurs lances sur les mains de cet homme, lui firent lâcher la bride, ('omme il avait l'air d'un pauvre fou et de rien de plus, on le laissa aller sans s'informer de rien, et même il suivit ie Roi pendant près d'une demi-heure, répétant de loin 'e même cri. {^Histoire des ducs des Bourgogne.^