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LES CHATEAUX EN ESPAGNE

Chacun fait des châteaux en Espagne ;

On en fait à la ville, ainsi qu'à la campagne

On en fait en dormant, on en fait éveillé.

Le pauvre paysan, sur sa bêche appuyé.

Peut se croire un moment seigneur de son village.

Le vieillard, oubliant les glaces de son âge,

Se figure aux genoux d'une jeune beauté,

Et sourit. ..Son neveu sourit de son côté,

En songeant qu'un matin du bonhomme il hérite.

Telle femme se croit sultane favorite ;

Un commis est ministre ; un jeune abbé, prélat ;

Le prélat.... Il n'est pas jusqu'au simple soldat

Qui ne se soit un jour cru maréchal de France ,

Et le pauvre lui-même est riche en espérance.

coLLiN d'harleville. 323

On peut bien quelquefois se flatter dans la vie : J'ai, par exemple, hier, mis à la loterie, Et mon billet enfin pourrait bien être bon. Je conviens que cela n'est pas certain: oh! non; Mais la chose est possible, et cela doit suffire. Puis, en me le donnant, on s'est mis à sourire, Et l'on m'a dit : " Prenez, car c'est là le meilleur. Si je gagnais pourtant le gros lot, quel bonheur J'achèterai d'abord une ample seigneurie... Non, plutôt une bonne et grasse métairie ; Oh ! oui, dans ce canton ; j'aime ce pays-ci ; Et Justine, d'ailleurs, me plaît beaucoup aussi. J'aurai donc à mon tour des gens à mon service. Dans le commandement je serai peu novice ; Mais je ne serai point dur, insolent, ni fier, Et me rappellerai ce que j'étais hier.

Ma foi, j'aime déjà ma ferme à la folie. Moi ! gros fermier ! J'aurai ma basse-cour remplie De poules, de poussins que je verrai courir : De mes mains chaque jour je prétends les nourrir. C'est un coup d'oeil charmant ! et puis cela rapporte Quel plaisir quand, le soir, assis devant ma porte, J'entendrai le retour de mes moutons bêlants. Que je verrai de loin revenir à pas lents Mes chevaux vigoureux, et mes belles génisses ' Ils sont nos serviteurs, elles sont nos nourrices Et mon petit Victor, sur son âne monté. Fermant la marche avec un air de dignité ! Je serai plus heureux que monsieur sur un trône. Je serai riche, riche, et je ferai l'aumône. Tout bas, sur mon passage, on se dira : " Voilà Ce bon monsieur Victor." Cela me touchera. Je puis bien m'abuser, mais ce n'est pas sans cause : Mon projet est au moins fondé sur quelque chose. Sur un billet. Je veux revoir ce cher... Eh î mais. . Où donc est-il ? tantôt encore je l'avais. Depuis quand ce billet est-il donc invisible? Ah! l'aurais-je perdu ? Serait-il bien possible ?

324 LEÇONS ET MODKI.FS l.K LITT;' H ATURE.

Mon malheur est certain : me voilà confondu. Que vais-je devenir ? Hélas ! j'ai tout perdu.

[Les Châteaux en Espagne, act. m, se. 6 et 7.)

FONÏANES.

FONTANES (Louis, marquis de) naquit à Niort (Deux-S6vresi le 6 mars 1757. Il débuta dans la carrière littéraire par la traduction de l'Essai sur l'hoînme de Pope. Le style pur et brillant de cet ouvrage donna une opinion avantageuse du goût et du talent de l'auteur, que les petits poèmes du Cloitre des Chartreux, du Verger et de la Forêt de Navarre placèrent au rang des littératem's les plus distingués de son temps. Le Jour des morts dans une campagne, poème imité de Gray, est celui des ouvrages de Fontanes qui lui fait le plus d'honneur et sur lequel repose le plus solidement sa réputation littéraire.

Fontanes, nommé membre de l'Académie en 1794, vit bientôt la carrière politique s'ouvrir devant lui. Membre de l'Institut, grand maître de l'Université, flatteur complaisant de Napoléon, il fut assez ingrat pour oublier tous les bienfaits de l'empereur et rédiger le décret qui prononça la déchéance de ce grand homme.

Cet écrivain élégant et correct, mais sans inspiration chaleureuse, moiurut à Paris, d'une attaque d'apoplexie, le 17 Mars 1821.

*ORIGIXE DE l'astronomie.

Cependant vers l'Euphrate on dit que des pastcur.s, Du grand art de Kepler rustiques inventeurs, Etudiaient les lois de ces astres paisibles. Qui mesurent du temps les traces invisibles ; Marquaient et leur déclin et leur cours passager, Le gravaient sur la pierre ; et du globe étranger Que l'univers tremblant rêvait par intervalle. Savaient même embrasser la carrière inégale. Ainsi l'astronomie eut les champs pour berceau. Cette fille des cieux illustra le hameau : On la vit habiter, dans l'enfance du monde, Des patriarches-rois la tente vagabonde, Et guider le troupeau, la famille, le char Qui parcourait au loin le vaste Sennaar.

{Essai sur Va.' '.ronomie.)

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