‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 34 sur 265 · VERTOT · texte numérisé non relu

VERTOT

VERTOT (René-Adbert de) naquit à Benetot (pays de Caux) le 25 novembre 1655. Encouragé par Fontenelle et l'abbé de Saint-Pierre, qui avaient remarqué en lui une aptitude particulière pour les travaux historiques, il publia en 1689 la Conjuration de Portugal, ouvrage plein d'intérêt qui mérita les éloges de madame de Sévigné et de Bossuet. L'Histoire des Révolutions de Suède parut en 1696 ; elle eut cinq éditions la première année, et fut traduite dans la plupart des langues de l'Europe. UHisioire des Révolutions de la république romaine (1719), où l'on retrouva tout l'intérêt et le mouvement qui caractérisaient les premiers ouvrages de Vertot, et dont le style plus brillant était en même temps plus rapide et plus ferme, accrut encore sa réputation. Vertot composa en outre une Histoire de l'Ordre de Malte ; cette production, qui n'a ni la chaleur ni l'éclat des premières, se sent de l'âge avancé où était parvenu l'auteur quand il la composa.

Vertot mourut à Paris le 15 juin 1735. En 1705 il avait été nom mé membre de l'Académie des Inscriptions et belles lettres.

Pompée attirait sur lui, pour ainsi dire, les yeux de toute la terre. Il avait été général avant que d'être soldat, et sa vie n'avait été qu'une suite continuelle de victoires ; il avait fait la guerre- dans les trois parties du monde, et il en était toujours revenu victorieux. 11 vainquit dans l'Italie Carinas et Carbon, du parti de Marius ; Domitius dans l'Afrique : Sertorius, ou pour mieux dire, Perpenna dans l'Espagne ; les pirates de Cilicie sur la Méditerranée ; et, depuis la défaite de Catilina, il était revenu à Rome, vainqueur de Mithridate et de Tigrane.

Par tant de victoires et de conquêtes, il était devenu plus grand que les Romains ne le souhaitaient, et qu'il n'avait osé lui-même l'espérer. Dans ce haut degré de gloire cm la fortune l'avait conduit comme par la main, il crut qu'il était de sa dignité de se familiariser moins avec ses concitoyens. Il paraissait rarement en public ; et, s'il sortait de sa maison, on le voyait toujours accompagné d'une foule de ses créatures, dont le cortège nombreux représentait

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OiieuA la cour d'un grand prince que la suite d'un citoyen de la r publique. Ce n'est pas qu'il abusât de son pouvoir ; mais, ( ins une ville libre, on ne pouvait souffrir qu'il affectât des manières de souverain. Accoutumé dès sa jeunesse an commandement des armées, il ne pouvait se réduire a la simplicité d'une vie privée. Ses mœurs à la vérité étaient pures et sans tache ; on le louait même, avec justice, de sa tempérance ; personne ne le soupçonna jamais d'avarice, et il recherchait moins, dans les dignités qu'il briguait, la puissance qui en est inséparable, que les honneurs et l'éclat dont elles étaient environnées. Mais plus sensible à la vanité qu'à l'ambition, il aspirait à des honneurs qui le distinguas sent de tous les capitaines de son temps. Modéré en tout le reste, il ne pouvait souffrir sur la gloire aucune compariison. Toute égalité le blessait, et il eût voulu, ce semble, être le seul général de la république, quand il devait se comenter d'être le premier. Cette jalousie du commandement lui attira un grand nombre d'ennemis, dont César, dans la suite, fut le plus dangereux et le plus redoutable. L'un ne voulait plus d'égal, et l'autre ne pouvait souffrir de supérieur.

{^Révolutions romaines.)

Caïus Julius César était né de l'illustre famille des Jules, qui, comme toutes les grandes maisons, avait sa chimère, en se vantant de tirer son origine d' Anchise et de Vénus. C'était l'homme de son temps le mieux fait, adroit à toutes sortes d'exercices, infatigable au travail, plein de valeur, le courage élevé, vaste dans ses desseins, magnifique dans sa dépense, et libéral jusqu'à la profusion. La nature, qui semblait l'avoir fait naître pour commander au reste des hommes, lui avait donné un air d'empire et de dignité dans ses manières ; mais cet air de grandeur était tempéré par la douceur et la facilité de ses mœurs. Son éloquence insinuante et invincible était encore plus attachée aux charmes de sa personne qu'à la force de ses raisons. Ceux qiî'

étaient assez durs pour résister à l'impression que faisaient tant d'aimables qualités n'échappaient point à ses bienfaits, et il commença par assujettir les cœurs, comme le fondement le plus solide de la domination à laquelle il aspirait.

Né simple citoyen d'une république, il forma, dans une condition privée, le projet d'assujettir sa patrie. La grandeur et les périls d'une pareille entreprise ne l'épouvantèrent point. Il ne trouva rien au-dessus de son ambition, que rétendue immense de ses vues. Les exemples récents de Marins et de Sylla lui firent comprendre qu'il n'était pas impossible de s'élever à la souveraine puissance ; mais, sage jusque dans ses désirs immodérés, il distribua en différents temps l'exécution de ses desseins. Son esprit, toujours juste, malgré son étendue, n'alla que par degrés au projet de la domination ; et quelque éclatantes qu'aient été depuis ses victoires, elles ne doivent passer pour de grandes actions que parce qu'elles furent toujours la suite et l'effet de grands desseins.

{^Révolutions romaines ^

FONTENELLE (Bernard Le Bovier de) naquit à Rouen le 11 février 1657: il était neveu du grand Corneille. Né avec un esprit lumineux, méthodique, et qui se pliait avec une merveilleuse facilité ^ tous les genres, il mit le premier les sciences abstraites à la portée du plus grand nombre des lecteurs, sut jeter une vive clarté sur les matières les plus obscures, et en cacha avec art l'aridité sous les fleurs qu'il y répandait quelquefois avec trop d'abondance. La réputation de Fontenelle n'est fondée ni sur ses Opéras oubliés aujourd'hui, ni sur ses Poésies pastorales. — Les Entretiens sur la pluralité des mondes, V Histoire des oracles, ïHistoire de V Académie des sciences, les Eloges, voilà ses véritables titres de gloire.

Fontenelle fut nommé eu 1691 membre de l'Académie française, et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences en 1699. Il vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans onze mois, et mourut à Paris le 9 janvier 17.^7.

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