‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 36 sur 265 · LETTRE DE RECOMMANDATION A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

LETTRE DE RECOMMANDATION A MONTESQUIEU

Depuis que vous courez le monde, Monsieur, c'est granc nasard si de tous les compliments que j'ai prié qu'on vov.^ fît pour moi, on vous en a fait un seul, et il serait fort naturel que vous m'eussiez à peu près oublié. Mais il se présente une jolie occasion de vous en faire souvenir ; je dis jolie au pied de la lettre, jolie aux yeux, et qui certainement plaira aux vôtres. C'est pour vous recommander mademoiselle Salle, bannie de notre Opéra par ostracisme. N'allez pas lui dire ce mot-là, elle croirait que je l'accuse de quelque chose d'effroyable, et se désespérerait. Mais il est vrai que c'est ostracisme tout pur. La danse charmante, et surtout les mœurs très honnêtes de la petite Aristide ont déplu à ses compagnes, ce qui est dans l'ordre, et même aux maîtres. Elle se réfugie en Angleterre, et vous allez jouir de notre perte. Je vous avertis que vous n'aurez que sa danse, et en vérité ce sera bien assez. Il me vient une pensée. On dit que vous êtes fort bien auprès de la reine, et je l'eusse presque deviné, car il y a long-temps que je sais combien elle a du goût pour les gens d'esprit et combien elle est accoutumée à ceux du premier ordre, témoin Newton ;■ et j'ai même dit mon sentiment en parlant de lui. Si la reine voulait faire apprendre à danser aux princesses ses filles par une personne propre à leur donner l'air convenable à leur naissance, et digne en même temps de ce! honneur par sa conduite, elle serait trop heureuse que l;i fortune lui eût envoyé mademoiselle Salle. Enfin, je vous demande votre protection pour elle en toute occasion, ot; plutôt je ne vous demande que de la voir un ])eu, après (jiioi le reste ira tout seul.

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