‹ Leçons et modèles de littérature françaiseChapitre 46 sur 265 · LA MORT EST LE TERME DE TOUTES LES GRANDEURS HUMAINES · texte numérisé non relu

LA MORT EST LE TERME DE TOUTES LES GRANDEURS HUMAINES

La mort est le terme où finissent les titres les plus spécieux, la gloire la plus éclatante, la vie la plus délicieuse ; et je rappelle ici à mon esprit l'action mémorable d'un prince, idolâtre à la vérité, mais plus sage que beaucoup de chrétiens ; je parle du grand Saladin. Après avoir asservi l'Egypte, après avoir passé l'Euphrate et conquis des villes sans nombre, après avoir repris Jérusalem et fait des ac lions au-dessus de l'homme, dans ces guerres que les chrétiens avaient entreprises pour le recouvrement des lieux saints, il finit sa vie par une action qui mérite d'être trans- «nise à la postérité la plus reculée : un moment avant de

rendre le dernier soupir, il appelle le héraut qui avait coutume de porter la bannière devant lui dans toutes les batailles ; il lui commande d'attacher au bout d'une lance un morceau de ce drap dans lequel on devait bientôt l'ensevelir, et lui dit : " Va, porte cette lance, déploie cet étendard, et crie en le déployant : Voilà, voilà tout ce que le grand Saladin, vainqueur et maître de l'empire, e?nporte de toute sa gloire .'" Chrétiens, je fais aujourd'hui la fonction de ce héraut ; j'attache aujourd'hui au bout d'une lance les voluptés, les richesses, les plaisirs, les dignités ; je vous produis tout cela, réduit à cette pièce de toile dans laquelle on doit bientôt vous ensevelir ; je déploie à vos yeux cet étendard de la mort, et je vous crie : " Voilà, voilà tous les avantages que vous emporterez avec vous ; voilà tout ce qui vous restera de ce que vous préfériez au salut de votre âme !"

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