LES PARIAS
Brama a divisé le peuple en tribus ou castes, séparées les unes des autres par des principes de politujue et de religion...
I] y a nue de ces tribus, la cinquième, qui est le rebut de toutes les autres. Ceux qui la composent exercent les emplois les plus vils de la société : ils enterrent les morts, ils transportent les immondices, ils se nourrissent de la viande des animaux morts naturellement. L'entrée des emples et des marchés publics leur est interdite. On ne leur permet pas l'usage des puits communs. Leurs habitations sont à l'extrémité des villes, ou forment des hameaux isolés dans les campagnes: il leur est même défendu de traverser les rues occupées par des bramines. Comme tous les Indiens, ils peuvent vaquer aux travaux de l'agriculture, mais seulement pour les autres castes ; et ils n'ont jamais Jos terres en propriété, ni même à ferme. L'horreur qu'ils inspirent est telle, que si par hasard ils touchaient quelqu'un qui ne fût pas de leur tribu, on les priverait impunément d'une vie réputée trop vile pour mériter la protection des lois.
Tel est le sort de ces malheureux, connus à la côte de Coromandel sous le nom de Parias...
La plupart sont occupés à la culture du riz. Près des champs qu'ils exploitent, est une espèce de hutte ; ils s'y réfugient lorsque des cris, toujours poussés de loin, leur annoncent un ordre de celui dont ils dépendent, et ils répondent sans sortir de leur asile. Ils prennent la même précaution, si un bruit confus les avertit de l'approche de quelque homme que ce puisse être. Le temps leur manquet-il pour se cacher, ils se prosternent la face contre terre avec toute l'humilité que doit leur donner le sentiment de leur opprobre. Si les récoltes ne répondent pas à l'avidité d'un maître oppresseur, le cruel met quelquefois le feu aux cabanes des malheureux laboureurs, et il tire impitoyablement sur eux lorsque, ce qui arrive rarement, ils tentent d'échapper aux flammes.
Tout est horrible dans la condition de ces malheureux, jusqu'à la manière dont on les force de pourvoir à leurs plus pressants besoins. A l'entrée de la nuit, ils sortent en troiqips, plus ou moins nombreuses, de leur retraite ; ilb dirigeiii Jeurs pas vers le marché, et poussent des rugisse-
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inents à quelque distance. Les marchands approchent • les parias demandent ce qu'il leur faut. On le leur fournit, et on le dépose dans le lieu même où était compté d'avance l'argent destiné au paiement. Lorsque les acheteurs peuvent être assurés que personne ne les verra, ils sortent de derrière la haie qui les dérobait à tous les regards, et enlèvent précipitamment ce qu'ils ont acquis d'une manière si bizarre.
(^Histoire philosophique des deux Indes, liv. i. 8.)