‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 108 sur 191 · COUSIN · texte numérisé non relu

COUSIN

COUSIN (Victor) naquit à Paris en 1791. Il fut un des élèves les plus remarquables du lycée Charlemagne, et commença par des succès de collège une renommée que comme professeur et philosophe il a rendue européenne. Il a publié différents ouvrages philosophiques et une traduction de Platon, à laquelle il a joint des arguments qui décèlent partout le grand écrivain et le penseur profond.

M. Cousin, qui est entré à l'Académie française après la mort de Fourier, en 1830, est aujourd'hui pair de France et directeur de l'Ecole normale.

Le premier devoir de l'historien philosophe est de demander aux faits ce qu'ils signifient, l'idée qu'ils expriment, le rapport qu'ils soutiennent avec l'esprit de l'époque du .monde au sein de laquelle ils font leur apparition. Rappeler tout fait, même le plus particulier, à sa loi générale, à la loi qui seule le fait être, examiner son rapport avec les autres faits élevés aussi à leur loi, et de rapports en rapports arriver jusqu'à saisir celui de la particularité la plus fugitive, à l'idée la plus générale d'une époque, c'est là la règle éminente de l'histoire. Cette règle se devise en autant de règles particulières que l'esprit général d'une époque peut avoir de grandes manifestations. Or, à quelles conditions se manifeste l'esprit d'une époque ? à trois conditions. D'abord, il faut que l'esprit d'une époque, pour être visible, prenne possession de l'espace, s'y établisse, et occupe une portion quelconque plus ou moins considérable de ce monde ; il faut qu'il ait son lieu, son théâtre : c'est là la condition même du drame de l'histoire. Mais sur ce théâtre, il faut que quelqu'un paraisse pour jouer la pièce ; ce quelqu'un, c'est l'humanité, c'est-à-dire les masses. Les masses sont le fond de l'humanité ; c'est avec elles, en elles, et pour elles que tout se fait ; elles remplissent la scène de l'histoire, mais elles y figurent seulement ; elles n'y ont qu'un

rôle muet, et laissent pour ainsi dire le soin des gestes et des paroles à quelques individus éminents qui les représentent. En effet, les peuples ne paraissent pas dans l'histoire, leurs chefs seuls y paraissent. Et par chefs, je n'entends pas ceux qui commandent en apparence, j'entends ceux qui commandent en réalité, ceux que les peuples suivent en tout genre, parce qu'ils ont foi en eux, et qu'ils les considèrent comme leurs interprètes et leurs organes, et parce qu'ils le sont en effet. Les lieux, les peuples, les grands hommes, voilà les trois choses par lesquelles l'esprit d'une époque se manifeste nécessairement, et sans lesquelles il ne pourrait pas se manifester, ce sont donc là les trois points importants auxquels l'histoire doit s'attacher. Si tout exprime quelque idée, comme nous l'avons démontré, lieux, peuples, individus, tout cela n'est qu'une manifestation quelconque d'idées cachées que la philosophie de l'histoire doit dégager et mettre en lumière. (Cours de philosophie.)

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