SIMPLICITE DE TURENNE
Qui fit jamais de si grandes choses ? qui les dit avec plus de retenue ? Remportait- il quelque avantage, à l'entendre, ce n'était pas qu'il fût habile ; mais l'ennemi s'était trompé ? Rendait-il compte d'une bataille, il n'oubliait rien, sinon que c'était lui qui l'avait gagnée. Racontait-il quelques unes de ces actions qui l'avaient rendu si célèbre, on eût dit qu'il n'en avait été que le spectateur, et l'on doutait si c'était lui qui se trompait ou la renommée. Revenait-il de ces glorieuses campagnes qui rendront son nom immortel, il fuyait les acclamations populaires, il rougissait de ses victoires, il venait recevoir des éloges, comme on vient de faire des apologies, et n'osait presque aborder le roi, parce qu'il était obligé, par respect, de souffrir patiemment les louanges dont Sa Majesté ne manquait jamais de l'honorer.
C'est alors que, dans le doux repos d'une condition privée, ce prince, se dépouillant de toute la gloire qu'il avait acquise pendant la guerre, et se renfermant dans une société peu nombreuse de quelques amis choisis, s'exerçait sans bruit aux vertus civiles. Sincère dans ses discours, simple dans ses actions, fidèle dans ses amitiés, exact dans ses devoirs, réglé dans ses désirs, grand même dans les moindres choses. 11 se cache, mais sa réputation le découvre ; il marche sans suite et sans équipages, mais chacun dans son esprit le met sur un char de triomphe. On compte, en le voyant, les ennemis qu'il a vaincus, non pas les serviteurs qui le suivent. Tout seul qu'il est, on se figure autour de lui ses vertus et ses victoires qui l'accompagnent. Il y a je ne sais quoi de noble dans cette honnête simplicité ; et moins il est superbe, plus il devient vénérable.
(Oraison funèbre de Turenne.)
MASCARON (Jules), fils d'un avocat au parlement d'Aix, naquit à. Marseille en 1634. Il se distingua de bonne heure par ses talents oratoires, et mérita d'être placé parmi les plus célèbres prédicateurs du siècle de Louis XIV. En 1666 il prêcha YAvent, et l'année suivante le Carême à Versailles. Le roi ne resta pas insensible au mérite de l'orateur, et le nomma en 1671 à l'évêché de Tulle. Son zèle vraiment évangélique et son exemple étaient encore plus persuasifs que sa parole. Nommé en 1678 à l'évêché d'Agen, où il mourut en 1703, il se distingua par son zèle et par le grand nombre de conversions qu'il opéra dans son diocèse.
On a comparé à tort Mascaron à Fléchier et à Bossuet ; il n'a ni l'élégance de l'un ni la majesté de l'autre, et quoiqu'il manque pas de chaleur et d'élévation, il est, comme orateur, au-dessous de la réputation qu'il obtint de son vivant.