SAINT-SIMON
* SAINT-SIMON (Louis de RouvitoY,duc de) né à Paris en 1675, se livra de bonne heure à la carrière des armes. Après avoir succédé
à son père dans le gouvernement de Blaye et dans ses titres de duc et pair, il quitta l'armée et consacra tous ses instants à la diplomatie et à l'observation des intrigues de la cœur. Après avoir joué un rôle politique fort important sous la régence du duc d'Orléans, il perdit son crédit à la mort de ce prince et se retira alors dans ses terres, où il écrivit ses Mémoires que M. Villemain appelle un recueil incomparable et le vrai siècle de Louis XIV.
Le duc de Saint-Simon mourut à Paris en 1755. L'édition complète de ses Mémoires n'a été publiée qu'en 1829.
Le czar avait déjà commencé ses voyages. Il a tant et si justement fait de bruit dans le monde, que je serai succinct sur un prince si grand et si connu, et qui le sera sans doute de la postérité la plus reculée, pour avoir rendu redoutable à toute l'Europe, et mêlé nécessairement dans les affaires de toute cette partie du monde, une cour qui n'en avait jamais été une, et une nation méprisée et entièrement ignorée pour sa barbarie. Ce prince était en Hollande à apprendre lui-même et à pratiquer la construction des vaisseaux. Bien qu'incognito, suivant sa pointe, et ne voulant point s'incommoder de sa grandeur ni de personne, il se faisait pourtant tout rendre, mais à sa mode et à sa façon.
Il trouva sourdement mauvais que l'Angleterre ne se fût pas assez pressée de lui envoyer une ambassade dans ce proche voisinage, d'autant que, sans se commettre, il avait fort envie de lier avec elle pour le Commerce. Enfin l'ambassade arriva : il différa de lui donner audience, puis donna le jour et l'heure, mais à bord d'un gros vaisseau hollandais qu'il devait aller examiner. Il y avait deux ambassadeurs qui trouvèrent le lieu sauvage ; mais il fallut bien y passer. Ce fut bien pis quand ils furent arrivés à bord. Le czar leur fit dire qu'il était à la hune, et que c'était là où il les verrait. Les ambassadeurs, qui n'avaient pas le pied assez marin pour hasarder les échelles de corde, s'excusèrent d'y monter : le czar insista, et voilà les ambassadeurs fort troublés d'une proposition si étrange et si opiniâtre ; à la fin, à quelques^ réponses brusques aux der-