‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 56 sur 191 · LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES FRANÇAIS

C'est le seul peuple dont les mœurs peuvent se dépraver sans que le fond du cœur se corrompe, ni que le courage s'altère ; il allie les qualités héroïques avec le plaisir, le luxe et la mollesse ; ses vertus ont peu de consistance ; ses vices n'ont point de racines. Le caractère d'Alcibiade n'est pas rare en France. Le dérèglement des mœurs et de l'imagination ne donne point atteinte à la franchise, à la bonté naturelle du Français. L'amour-propre contribue à le rendre aimable ; plus il croit plaire, plus il a de penchant à aimer. La frivolité qui nuit au développement de ses talents et de ses vertus le préserve en même temps des crimes noirs et réfléchis. La perfidie lui est étrangère, et il est bientôt fatigué de l'intrigue. Le Français est l'enfant de l'Europe ; si l'on a quelquefois vu parmi nous des crimes

odieux, ils ont disparu plutôt par le caractère national que par la sévérité des lois.

{Considérations sur les mœurs.)

BUFFON (Georges-Louis Lecxer de) naquit à Montbar en Bourgogne le 7 septembre 1707. C'est un des plus grands naturalistes et un des écrivains français les plus remarquables. Considéré comme savant, il est aujourd'hui dépassé : les progrès qu'a faits la science, les découvertes nouvelles, ont détruit un grand nombre de ses observations ; mais sa gloire comme écrivain est impérissable ; et loin de diminuer, elle ne peut que s'accroître.

Son Histoire naturelle est un des plus admirables monuments qu'ait élevés le génie ; jamais la prose n'a déployé autant de richesses et de magnificence que dans cet ouvrage, où l'on trouve de nombreux passages écrits d'un style vraiment sublime. Il eut pour l'aider dans les 24 premiers volumes de cette vaste composition son ami, le modeste et savant Daubenton ; Guéneau de Montbelliard et l'abbé Bexon furent ensuite associés à ce grand travail, auquel la vie d'un homme ne pouvait suffire.

Buffon, reçu membre de l'Académie française, y prononça, en 1753, un discours sur le style, qui est un de ses chefs-d'œuvre.

Il mourut à Paris le 16 avril 1788.

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