BOSSUET ET CORNEILLE
L'élévation est sans doute le caractère de l'un et de l'autre ; mais l'élévation de Corneille tient à la fierté républicaine, celle de Bossuet à l'enthousiasme religieux. Corneille brave la grandeur et la puissance, Bossuet la foule aux pieds, pour s'élancer jusqu'à la Divinité même. Le premier, en nous montrant l'homme dans toute sa dignité, nous agrandit à nos propres yeux ; le second, en nous le faisant voir dans tout son néant, semble planer au-dessus de l'espèce humaine. Le sublime du poète a plus de profondeur, plus de traits et de pensées ; celui de l'orateur, plus de majesté, plus de véhémence et plus d'images : les négligences de Corneille viennent de lassitude et d'épuisement, celles de Bossuet, d'un excès de chaleur et d'abondance ; dans Corneille, enfin, quand l'expression est familière, elle est presque toujours sans noblesse ; dans Bossuet, quand l'idée est grande, la familiarité même de l'expression semble l'agrandir encore.
(Eloge de Fléchier.)
MARMONTEL (Jean-François) naquit le 11 juillet 1723 à Bort, petite ville du Limousin. Quelques succès obtenus aux Jeux Floraux,
et les encouragements de Voltaire le déterminèrent à suivre la carrière des lettres ; il quitta sa province et vint à Paris, où bientôt il se fit un nom. Un prix de poésie à l'Académie française et deux tragédies qui réussirent firent croire un moment à Marmontel qu'il était poète ; mais il ne tarda pas à comprendre que ce n'était pas dans la poésie qu'il était appelé à se faire une réputation durable. Les Contes moraux, les romans de Bélisaire et des Incas, et les Eléments de littérature, accueillis dans la nouveauté avec une faveur marquée, sont des ouvrages que, dans tous les temps, on relira avec plaisir. Le style en est généralement pur et élégant, souvent même il a de l'éclat, de l'élévation, et de la chaleur.
Marmontel nommé membre de l'Académie française en 1763 à la mort de Bougainville, se retira dans le hameau d'Abloville au commencement de la révolution, et y mourut le 31 décembre 1799.