‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 75 sur 191 · DESCARTES, BACON, LEIBNITZ ET NEWTON · texte numérisé non relu

DESCARTES, BACON, LEIBNITZ ET NEWTON

Si l'on cherche les grands hommes modernes avec qui Ton peut comparer Descartes, on en trouvera trois ; Bacon, Leibnitz et Newton. Bacon parcourut toute la surface des connaissances humaines ; il jugea les siècles passés, et alla au-devant des siècles à venir: mais indiqua plus de grandes choses qu'il n'en exécuta ; il construisit l'échafaud d'un édifice immense, et laissa à d'autres le soin de construire l'édifice.

Leibnitz fut tout ce qu'il voulut être ; il porta dans la philosophie une grande hauteur d'intelligence, mais il ne traita la science de la nature que par lambeaux ; et ses systèmes métaphysiques semblent plus faits pour étonner et accabler l'homme que pour l'éclairer.

Newton a créé une optique nouvelle, et démontré les rapports de la gravitation dans les cieux. Je ne prétends point ici diminuer la gloire de ce grand homme ; mais je remarque seulement tous les secours qu'il a eus pour ces grandes découvertes. Je vois que Galilée lui avait donné la théorie de la pesanteur ; Kepler, les lois des astres dans leurs révolutions ; Huyghens, la combinaison et les rapports des forces centrales et des forces centrifuges ; Bacon, le grand principe de remonter des phénomènes vers les causes ; Descartes, sa méthode pour le raisonnement, son analyse pour la géométrie, une foule innombrable de connaissances pour la physique, et plus que tout cela peut-être, la destruction de tous les préjugés. La gloire de Newton a donc été de profiter de tous ces avantages, de rassembler toutes ces forces étrangères, d'y joindre les siennes propres qui étaient immenses, et de les enchaîner toutes par les calculs d'une géométrie aussi sublime que profonde.

Si maintenant je rapproche Descartes de ces hommes célèbres, j'oserai dire qu'il avait des vues aussi nouvelles et bien plus étendues que Bacon ; qu'il a eu l'éclat et l'immensité du génie de Leibnitz, mais bien plus de consistance et de réalité dans sa grandeur ; qu'enfin il a mérité d'être mis à côté de Newton, et qu'il n'a été créé que par lui-même, parce que si l'un a découvert plus de vérités, l'autre a ouvert la route de toutes les vérités ; géomètre aussi sublime, quoiqu'il n'ait point fait un aussi grand usage de la géométrie : plus original par son génie, quoique ce génie l'ait souvent trompé ; plus universel dans ses connaissances comme dans ses talents, quoique moins sage et moins assuré dans sa marche ; ayant peut-être en étendue ce que Newton avait en profondeur ; fait pour concevoir en grand, mais peu fait pour suivre les détails, tandis que Newton donnait aux plus petits détails l'empreinte du génie ; moins admi-

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