‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 78 sur 191 · LES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX

Un tombeau est un monument placé sur les limites des deux mondes. Il nous présente d'abord la fin des vaines inquiétudes de la vie, et l'image d'un éternel repos ; ensuite il élève en nous le sentiment confus d'une immortalité heureuse, dont les probabilités augmentent à mesure que celui dont il nous rappelle la mémoire a été plus vertueux. C'est là que se fixe notre vénération ; et cela est si vrai, que, quoiqu'il n'y ait aucune différence entre la cendre de Socrate et celle de Néron, personne ne voudrait avoir dans ses bosquets celle de l'empereur romain, quand même elle serait renfermée dans une urne d'argent, et qu'il n'y a personne qui ne mît celle du philosophe dans le lieu le plus honorable de son appartement, quand elle ne serait que dans un vase d'argile.

C'est donc par cet instinct intellectuel pour la vertu que les tombeaux des grands hommes nous inspirent une vénération si touchante. C'est par le même sentiment que ceux

qui renferment des objets qui ont été aimables nous donnent tant de regrets. Voilà pourquoi nous sommes émus à la vue du petit tertre qui couvre les cendres d'un enfant aimable, par le souvenir de son innocence ; voilà encore pourquoi nous voyons avec tant d'attendrissement une tombe sous laquelle repose une jeune femme, l'amour et l'espérance de sa famille par ses vertus. Il ne faut pas, pour rendre recommandables ces monuments, des marbres, des bronzes, des dorures : plus ils sont simples, plus ils donnent d'énergie au sentiment de la mélancolie. Ils font plus d'effet pauvres que riches, antiques que modernes, avec des détails d'infortune qu'avec des titres d'honneur, avec les attributs de la vertu qu'avec ceux de la puissance.

C'est surtout à la campagne que leur impression se fait vivement sentir : une simple fosse fait souvent verser plus de larmes que les catafalques dans les cathédrales : c'est là que la douleur prend de la sublimité ; elle s'élève avec les vieux ifs des cimetières, elle s'étend avec les plaines et les collines d'alentour ; elle s'allie avec tous les effets de la nature, le lever de l'aurore, le murmure des vents, le coucher du soleil et les ténèbres de la nuit. Les travaux les plus rudes et les destinées les plus humiliantes n'en peuvent éteindre l'impression dans les cœurs des plus misérables.

(Etudes de la nature.)

LA HARPE (Jean-François de) naquit à Paris en 1739. Il se livra tour à tour à l'éloquence et à la poésie, et mérita comme poète et comme prosateur une place honorable dans notre littérature ; c'est un écrivain correct et élégant auquel toutes les ressources du style étaient familières ; mais ses ouvrages, poèmes ou éloges, sont en général dépourvus de force et de chaleur. Warwick, Coriolan, Philoctète, et Mélanie, productions dramatiques estimables, ont obtenu dans la nouveauté un succès qui ne s'est pas soutenu au théâtre. L'ouvrage qui a con-

tribué le;plus à sa réputation est son Cours de littérature : il lui a mérité, malgré ses défauts, le surnom de Quintilien français.

La Harpe, qui avait succédé, à l'Académie française, à Colardeau, en 1776, mourut à Paris le 11 février 1803.

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