‹ Leçons et modèles de littérature française; ou (volume 2)Chapitre 95 sur 191 · LE PAYS DE GENÈVE · texte numérisé non relu

LE PAYS DE GENÈVE

Comme le voyageur est ravi d'admiration, lorsque, dans un beau jour d'été, après avoir péniblement traversé les sommets du Jura, il arrive à cette gorge où se déploie subitement devant lui l'immense bassin de Genève, qu'il voit d'un coup d'œil ce beau lac dont les eaux réfléchissent le bleu du ciel, mais plus pur et plus profond ; cette vaste campagne, si bien cultivée, peuplée d'habitations si riantes ;

ces coteaux qui s'élèvent par degrés, et que revêt une riche végétation ; ces montagnes couvertes de forêts toujours vertes ; la crête sourcilleuse des Hautes-Alpes, ceignant ce superbe amphithéâtre, et le mont Blanc, ce géant des montagnes européennes, le couronnant de cet immense groupe de neiges, où la disposition des masses et l'opposition des lumières et des ombres produisent un effet qu'aucune expression ne peut faire concevoir à celui qui ne l'a pas vu ! Et ce beau pays, si propre à frapper l'imagination, à nourrir le talent de poète ou de l'artiste, l'est peut-être encore davantage à réveiller la curiosité du philosophe, à exciter les recherches du physicien. C'est vraiment là que la nature semble vouloir se montrer par un plus grand nombre de faces.

Les plantes les plus rares, depuis celles des pays tempérés jusqu'à celles de la zone glaciale, n'y coûtent que quelques pas au botaniste ; le zoologiste peut y poursuivre des insectes aussi variés que la nature qui les nourrit ; le lac y forme pour le physicien une sorte de mer, par sa profondeur, par son étendue, et même par la violence de ses mouvements ; le géologiste, qui ne voit ailleurs que l'écorce extérieure du globe, en trouve là les masses centrales relevées et perçant de toutes parts leurs enveloppes pour se montrer à ses yeux ; enfin, le météorologiste y peut à chaque instant observer la formation des nuages, pénétrer dans leur intérieur, ou s'élever au-dessus d'eux.

COURIER (Paul-Louis) naquit à Paris en 1773. Il était célèbre comme helléniste long-temps avant de se faire connaître comme un de nos écrivains les plus spirituels et les plus originaux. Ses Pamphlets, petits ouvrages satiriques pleins de verve, et qui ont survécu aux circonstances qui les virent naître, grâce à leur forme piquante et neuve, ont rendu populaire un nom qu'avaient illustré les traductions de Daphnie et Chloé et de la Luciade. Courier fut assassiné près de Tours le 10 avril 1825.

Plaisance, le.... Mai 1804.

Nous venons de faire un empereur, et, pour ma part, je n'y ai pas nui. Voici l'histoire : Ce matin, d'Anthouard nous assemble et nous dit de quoi il s'agissait, mais bonnement, sans préambule ni péroraison. — Un empereur ou la république, lequel est le plus de votre goût 1 Comme on dit rôti ou bouilli, potage ou soupe, que voulez-vous ? Sa harangue finie, nous voilà tous à nous regarder, assis en rond. Messieurs, qu'opinez-vous 1 Pas le mot. Personne n'ouvre la bouche. Cela dura un quart d'heure au plus, et devenait embarrassant pour d'Anthouard et pour tout le monde, quand Maire, un jeune homme, un lieutenant que tu as pu voir, se lève et dit : S'il veut être empereur, qu'il le soit ; mais, pour en dire mon avis, je ne le trouve pas bon du tout. — Expliquez-vous, dit le colonel ; voulez-vous, ne voulez-vous pas ? — Je ne le veux pas, répondit Maire. — A la bonne heure : nouveau silence ; on recommence à s'observer les uns les autres comme des gens qui se voient pour la première fois ; nous y serions encore si je n'eusse pris la parole. Messieurs, dis-je, il me semble, sauf correction, que ceci ne nous regarde pas : la nation veut un empereur, estce à nous d'en délibérer ? Ce raisonnement parut si fort, si lumineux, si ad rem... que veux tu? j'entraînai l'assemblée ; jamais orateur n'eut un succès si complet : on se lève, on signe, on s'en va jouer au billard. Maire me disait : Ma foi, commandant, vous parlez comme Cicéron ; mais, pourquoi donc voulez-vous tant qu'il soit empereur, je vous prie ? — Pour en finir et faire notre partie de billard. Fallait-il rester là tout le jour 1 Pourquoi ne le voulez-vous pas ? — Je ne sais, me dit-il, mais je le croyais fait pour quelque chose de mieux. Voilà le propos du lieutenant que je ne trouve point tant sot. En effet que signifie, dismoi... un homme, lui, Bonaparte, soldat, chef d'armée, le premier capitaine du monde, vouloir qu'on l'appelle majesté ! être Bonaparte et se faire sire ! // aspire à descendre : mais

non ; il croit monter en s'égalant aux rois. Il aime mieux un titre qu'un nom ; pauvre homme ! ses idées sont au-dessous de sa fortune. Je m'en doutai quand je le vis donner sa petite sœur à Borghèse ; et croire que Borghèse lui faisait trop d'honneur !...

Voilà nos nouvelles ; mande-moi celles du pays où tu es, et comment la farce s'est jouée chez vous ; à peu près de même sans doute.

Chacun baise en tremblant la main qui nous enchaîne.

Avec la permission du poète, cela est faux ; on ne tremble point, on veut de l'argent, et on ne baise que la main qui paie.

Ce César l'entendait mieux, et aussi c'était un autre homme ; il ne prit point de titres usés, mais il fit de son nom même un titre supérieur à celui de roi.

Adieu, nous t'attendons ici. (Correspondance.)

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