‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 127 sur 216 · LE MISANTHROPE · texte numérisé non relu

LE MISANTHROPE

Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode Qu'affectent la plupart de vos gens à la mode ; Et je ne hais rien tant que les contorsions De tous ces grands faiseurs de protestations, Ces affables donneurs d'embrassades frivoles, Ces obligeants diseurs d'inutiles paroles. Qui de civilités avec tous font combat, Et traitent du même air l'honnête homme et le fat. Quel avantage a-t-on qu'un homme vous caresse, Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse. Et vous fasse de vous un éloge éclatant, Lorsqu'au premier faquin il court en faire autant ? Non, non, il n'est point d'âme un peu bien située, Qui veuille d'une estime ainsi prostituée ;

Et la plus glorieuse a des régals peu chers,

Dès qu'on voit qu'on nous mêle avec tout l'univers :

Sur quelque préférence une estime se fonde,

Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde.

Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps.

Morbleu ! vous n'êtes pas pour être de mes gens ;

Je refuse d'un cœur la vaste complaisance

Qui ne fait de mérite aucune difierence ;

Je veux qu'on me distingue, et, pour le trancher net,

L'ami du genre humain n'est pas du tout mon fait.

[Le Misanthrope, acte i., se. 1.)

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