‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 131 sur 216 · PHILAMINTE · texte numérisé non relu

PHILAMINTE

Hé, messieurs, que prétendez-vous faire ! TRISSOTIN, à Vadius.

Va, va restituer tous les honteux larcins Que réclament sur toi les Grecs et les Latins.

VADIUS

Va, va-t'en faire amende honorable au Parnasse D'avoir fait à tes vers estropier Horace.

TRISSOTIN

Souviens-toi de ton livre, et de son peu de bruit.

VADIUS

Et toi, de ton libraire, à l'hôpital réduit.

TRISSOTIN

Ma gloire est établie, en vain tu la déchires.

VADIUS

Oui, oui, je te renvoie à l'auteur des satires.

TRISSOTIN

Je t'y renvoie aussi.

VADIUS

J'ai le contentement Qu'on voit qu'il m'a traité plus honorablement. Il me donne en passant une atteinte légère. Parmi plusieurs auteurs qu'au palais on révère ; Mais jamais dans ses vers il ne te laisse en paix. Et l'on t'y voit partout être en butte à ses traits.

TRISSOTIN

C'est par là que j'y tiens un rang plus honorable. Il te met dans la foule ainsi qu'un misérable ; Il croit que c'est assez d'un coup pour t'accabler. Et ne t'a jamais fait l'honneur de redoubler ; Mais il m'attaque à part comme un noble adversaire. Sur qui tout son effort lui semble nécessaire ; Et ses coups, contre moi redoublés en tous lieux. Montrent qu'il ne se croit jamais victorieux.

VADIUS

Ma plume t'apprendra quel homme je puis être.

TRISSOTIN

Et la mienne saura te faire voir ton maître.

VADIUS

Je te défie en vers^ prose, grec et latin.

TRISSOTIN

Hé bien, nous nous verrons seul à seul chez Barbin ! [Les Fe?nmes savantes, act m, se. 5.)

LA FONTAINE (Jean de) naquit à Château-Thierry le 8 juillet 1621. Ce fut la lecture de Malherbe qui lui inspira le goût des vers ; mais l'étude des anciens, et particulièrement celle d'Horace, de Térence et de Virgile, lui firent comprendre les défauts du poète qui avait excité d'abord son admiration. La Fontaine publia en 1665 ses premiers Contes : ce ne fut qu'en 1668 que les six premiers livres de ses Fables parurent ; les six autres livres ne furent publiés que dix ans plus tard. Quelques comédies et plusieurs opéras qu'il fit représenter sont totalement oubliés aujourd'hui ; mais ses Fables vivront éternellement et resteront comme un modèle de grâce inimitable et de philosophie naïve et profonde. La Fontaine est un de ces génies rares qu'il est plus facfle de sentir que d'apprécier ; il est le seul de nos auteurs dont les compositions amusent l'enfance, récréent la jeunesse et instruisent l'âge mûr ; on peut dire que c'est le poète de tous les âges.

La Fontaine, qui entra à l'Académie française après la mort de Colbert, en 1684, mourut à Paris, rue Plâtrière, le 13 mars 1695.

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