‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 148 sur 216 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Des mortels j'ai vu les chimères ;

Sur leurs fortunes mensongères

J'ai vu régner la folle erreur :

J'ai vu mille peines cruelles

Sous un vain masque de bonheur,

Mille petitesses réelles

Sous une écorce de grandeur ;

Mille lâchetés infidèles

Sous un coloris de candeur ;

Et j'ai dit au fond de mon cœur :

Heureux qui, dans la paix secrète

D'une libre et sûre retraite,

Vit ignoré, content de peu,

Et qui ne se voit point sans cesse

Jouet de l'aveugle déesse.

Ou dupe de l'aveugle dieu. {La Chartreuse.)

LE FRANC (Je AN- Jacques, marquis de Pompignan) naquit à Montauban le 10 août 1709. Il fit représenter à Tàge de vingt-cinq ans sa tragédie de Didon, qui fit concevoir des espérances qu'il n'a pas réalisées. Reçu à l'Académie française, en 1759, il attaqua maladroitement, dans son discours de réception, les philosophes aux suffrages desquels il devait son élection : une conspiration générale s'ourdit contre lui ; on attaqua non pas seulement l'écrivain, mais l'homme et le chrétien. Le Franc n'osant plus se présenter nulle part abandonna Paris, et tomba dans une noire mélancolie, puis dans un état complet de folie. Dans quelques unes de ses odes et de ses poésies sacrées, on trouve de l'élévation, une hardiesse souvent poétique, et cette chaleur qui manque dans toutes ses autres compositions.

Il mourut à- Montauban le l«r novembre 1784.

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