‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 158 sur 216 · DERNIERS MOMENTS D UN JEUNE POETE · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS D UN JEUNE POETE

J'ai révélé mon cœur au dieu de l'innocence ;

Il a vu mes pleurs pénitents.

Il guérit mes remords, il m'arme de constance :

Les malheureux sont ses enfants.

Mes ennemis riant ont dit dans leur colère :

Qu'il meure, et sa gloire avec lui ; Mais à mon cœur calmé le Seigneur dit en père :

Leur haine sera ton appui.

A tes plus cliers amis ils ont prêté leur rage ;

Tout trompe ta simplicité :

Celui que tu nourris court vendre ton image,

Noire de sa méchanceté.

Mais Dieu t'entend gémir, Dieu vers qui te ramène

Un vrai remords né des douleurs ; Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine

D'être faible dans les malheurs.

J'éveillerai pour toi la pitié, la justice

De l'incorruptible avenir ; Eux même épureront, par leur long artifice,

Ton honneur qu'ils pensent ternir.

Soyez béni, mon Dieu ! vous qui daignez me rendre

L'innocence et son noble orgueil ; Yous qui, pour protéger le repos de ma cendre,

Veillerez près de mon cercueil !

Au banquet de la vie, infortuné convive,

J'apparus un jour, et je meurs :

Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,

Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,

Et vous, riant exil des bois !

Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature.

Salut pour la dernière fois !

Ah ! puissent voir long-temps votre beauté sacrée

Tant d'amis sourds à mes adieux !

Qu'ils' meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée, Qu'un ami leur ferme les yeux.

{Poésies diverses.) 2-7

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