‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 17 sur 216 · PENSÉES · texte numérisé non relu

PENSÉES

Qu'est-ce que l'homme dans la nature ? — Un néant à l'égard de l'infini.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. Une vapeur, une goutte d'eau sufiit pour le tuer. Mais quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

Se peut-il rien de plus plaisant qu'un homme ait le

droit de me tuer, parce qu'il demeure au-delà de l'eau, et que son prince a querelle avec le mien, quoique je n'en aie aucune avec lui 1

Toutes les bonnes maximes sont dans le monde, on ne manque qu' à les appliquer.

Condition de l'homme : inconstance, ennui, inquiétude.

Voulez-vous qu' on dise du bien de vous î n'en dites point. 3*

HjME j)E SEVIGNE.

SEVIGNE (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de), naquit à Bourbilly, près Semur, le 5 février 1626.

Elle épousa, en 1644, le marquis de Sévigné. Cette femme célèbre eut pour maîtres Ménage et Chapelain, écrivains médiocres, mais grammairiens distingués. Après la mort de son mari, tué en duel en 1651, elle se consacra exclusivement à l'éducation de ses enfants, et vécut long-temps éloignée de la cour. En 1669 elle maria sa fille au comte de Grignan, gouverneur de Provence. Obligée de vivre souvent éloignée de celle à qui elle avait voué toute sa tendresse, madame de Sévigné écrivait chaque jour à sa fille pour tromper les ennuis et les chagrins qu'elle ressentait d'une séparation si cruelle. Ses Lettres, chefs-d'œuvre de grâce, d'esprit et d'éloquence, n'ont été publiées qu'après sa mort. Jamais l'admiration publique ne fut si vivement et si unanimement excitée qu'au moment oii elles parurent, et depuis on a épuisé toutes les formes de l'éloge sans pouvoir apprécier dignement ces pages, écrites sous la double inspiration de l'esprit et du cœur.

Madame de Sévigné mourut à, Grignan le 18 avril 1696.

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