‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 192 sur 216 · L. P. DE SEGUR · texte numérisé non relu

L. P. DE SEGUR

* SEGUR (Louis Philippe, comte de) est né à Paris le 11 décembre, 1753. Il fit la guerre d'Amérique avec Lafayette ; puis, malgré sa jeunesse, fut envoyé comme ambassadeur auprès de Catherine IL Les Mémoires si intéressants de M. de Ségur retracent cette première partie de sa longue et honorable carrière, qu'il a lui-même esquissée en disant gaîment : " Le hasard a voulu que je fusse successivement, colonel, officier général, ambassadeur, poète, auteur dramatique, publiciste, historien, député, conseiller d'Etat, sénateur, académicien (1793) et pair de France." — On a de lui un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels on remarque surtout : la Galerie morale et politique, des Pensées, des Contes, Fables et Chansons et une Histoire universelle, ouvrage remarquable bien que peu scientifique, mais d'une lecture intéressante et d'un style pur et animé. Ses Œuvres complètes ont été publiées par Eymery en 33 vol. in-8.

L. Ph. de Ségur est mort à Paris le 27 août, 1830. Son fils le comte Paul Philippe de Ségur, né à Paris en 1780 et membre de l'Académie depuis 1830, s'est rendu célèbre par une histoire de la Campagne de Russie, ouvrage qui a joui d'une vogue immense, mais que V Histoire de V Empire de M. Thiers doit bientôt faire oublier. Il n'y a que des biographes ignorants qui puissent attribuer VHistoire universelle à l'auteur de la Campagne de Russie.

La forteresse de West-Point, située sur un mont escarpé un pied duquel coule la rivière du Nord ou d'Hudson, était doublement fortifiée par la nature, par l'art, et regardée comme inexpugnable. Ce fut ce poste important, appelé à juste titre la clef des Etats-Unis, que le traître Arnold voulut livrer aux Anglais.

A West-Point plus qu'en tout autre endroit, on est saisi d'étonnement à l'aspect de cette rivière du Nord, dont la largeur est d'une lieue, que des bâtiments de guerre remontent jusqu'à xilbany, et qui coule entre deux chaînes de montagnes alors inhabitées, couvertes de pins, d'antiques chênes et de noirs cyprès. — Cette vue âpre et sauvage m'inspirait

(1) Nous rappelons que cet astérisque (*) indique les écrivains ou les morceaux étrangers au livre de M. Chapsal.

des pensées tristes et profondes, et, comme on dit à présent, romantiques ; elles étaient animées par un entretien qui me rappelait les divers événements dont ce lieu avait été le théâtre, et tous les combats que depuis cinq ans la liberté y avait livrés contre les forces redoutables de ses ennemis.

J'avoue qu'en regardant ces masses gigantesques de rochers, ces abîmes sans fond et ces immenses forêts, je n'imaginais pas comment les Anglais avaient pu si longtemps conserver l'espoir chimérique de subjuguer un peuple défendu par ces inexpugnables remparts, et enflammé par l'amour de l'indépendance.

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