F. ARAGO
* AR^GO (François Dojminique) est né le 26 février 1786 dans la petite ville d'Estage^prèsde Perpignan. x4près avoir fait de bonnes études au collège de Perpignan, il se prépara pour l'Ecole Polytechnique, où il fut admis à, 18 ans, le premier de sa promotion. Savant véritable dès l'âge de 20 ans, M. Arago se distingua tellement dans une expédition scientifique en Espagne que, malgré ses règlements, l'Académie des sciences le reçut dans son sein en 1809 : il n'avait que 23 ans. De tels débuts annonçaient la brillante carrière qu'a parcourue depuis M. Arago, aujourd'hui le savant le plus populaire du monde entier. Nous n'avons pas à examiner ici ses nombreux et doctes travaux ; nous ne parlerons même pas de ses Annales de Physique et de Chimie. Mais nous croyons que les intéressantes notices dont il enrichit chaque année V Annuaire des Longitudes, que ses Cours de l'Observatoire et ses Eloges de divers savants français et étrangers doivent lui assurer une place distinguée parmi les littérateurs de noire époque. Jamais savant
en effet n'a su mieux se faire entendre des ignorants et n'a apporté plus de grâces, plus de charme dans des matières ordinairement si arides.
Esprit universel, M. Arago occupe aussi une haute position dans le monde politique. Député depuis 1831, il siège à la Chambre sur les bancs de l'opposition radicale.
Les hommes ont imaginé deux systèmes d'écriture entièrement distincts. L'un est employé chez les Chinois : c'est le système hiéroglyphique ; le second^ en usage actuellement chez tous les autres peuples, porte le nom de système alphabétique ou phonétique.
Les Chinois n'ont pas de lettres proprement dites. Les caractères dont ils se servent pour écrire sont de véritables hiéroglyphes: ils représentent non des sons, non des articulations, mais des idées. Ainsi maison s'exprime à l'aide d'un caractère unique et spécial, qui ne changerait pas, quand même tous les Chinois arriveraient à désigner une maison, dans la langue parlée, par un mot totalement différent de celui qu'ils prononcent aujourd'hui. Ce résultat vous surprend-il ? Songez à nos chiffres qui sont aussi des hiéroglyphes. L'idée de l'unité ajoutée sept fois à ellemême s'exprime partout, en France, en Angleterre, en Espagne, etc., à l'aide de deux ronds superposés verticalement et se touchant par un seul point ; mais en voyant ce signe idéographique (8), le Français prononce huit ; l'Anglais eight ; l'Espagnol ocho. Personne n'ignore qu'il en est de même des nombres composés. Ainsi, pour le dire en passant, si les signes idéographiques chinois étaient généralement adoptés, comme le sont les chiffres arabes, chacun lirait dans sa propre langue les ouvrages qu'on lui présenterait, sans avoir besoin de connaître un seul mot de la langue parlée par les auteurs qui les auraient écrits.
Il n'en est pas ainsi des écritures alphabétiques :
Celui de qui nous vient cet art ingénieux De peindre la parole et de parler aux yeux,
ayant fait la remarque capitale que tous les mots de la langue parlée la plus riche se composent d'un nombre très borné de sons ou articulations élémentaires, inventa, pour les représenter, des signes ou lettres dont le nombre varie de 24 à 30. A l'aide de ces signes diversement combinés, il pouvait écrire toute parole qui venait frapper son oreille, même sans en connaître la signification.
L'écriture chinoise ou hiéroglyphique semble l'enfance de l'art. Ce n'est pas toutefois, ainsi qu'on le disait jadis, que pour apprendre à lire, il faille, en Chine même, la longue vie d'un madarin studieux. Rémusat, dont je ne puis prononcer le nom sans rappeler l'une des pertes les plus cruelles que les lettres aient faites depuis longtemps, n'avait-il pas établi, soit par sa propre expérience, soit par les excellents élevées qu'il formait tous les ans dans ses cours, qu'on apprend le chinois comme toute autre langue. Ce n'est pas non plus, ainsi qu'on l'imagine au premier abord, que les caractères hiéroglyphiques se prêtent seulement à l'expression des idées communes : quelques pages du roman Yu'kiaO'li, ou les Deux Cousines^ suffiraient pour montrer que les abstractions les plus subtiles, les plus quintessenciées, n'échappent pas à l'écriture chinoise. Le principal défaut de cette écriture, serait de ne donner aucun moyen d'exprimer des noms nouveaux. Un lettré de Canton aurait pu mander par écrit à Pékin, que le 14 juin 1800, la plus mémorable bataille sauva la France d'un grand péril ; mais il n'aurait su comment apprendre à son correspondant, en caractères purement hiéroglyphiques, que la plaine où se passa ce glorieux événement était près du village de Marengo, et que le général victorieux s'appelait Bonaparte. Un peuple chez lequel la communication de noms propres, de ville à ville, ne pourrait avoir lieu que par l'envoi de messagers, en serait, comme on voit, aux premiers rudiments de la civilisation ; aussi, tel n'est pas le cas du peuple chinois. Les caractères hiéroglyphiques constituent bien la masse de leur écriture ; mais quelquefois, et surtout quand il faut écrire un nom propre, on les dépouille de leur
signification idéographique, pour les réduire à n'exprimer que des sons et des articulations, pour en faire de véritables lettres. {Eloge du Dr, Thoinas Young.)