‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 205 sur 216 · LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

LOUIS BLANC

* Ce jeune écrivain est né vers 1814. Il quitta de bonne heure la province pour venir se fixer à Paris. Il s'y lia d'amitié avec les chefs les plus éclairés du parti républicain, et surtout avec le vénérable Jacques Laffitte dont il fut le confident et peut-être même le secrétaire. C'est au sein de cette société que M. Louis Blanc a puisé ses doctrines si fermement arrêtées : c'est là aussi qu'il a pu recueillir la plupart des précieux documents dont il s'est servi ensuite pour écrire sa remarquable Histoire de dix ans (1830-40). Cet ouvrage sans doute sent un peu trop l'esprit de parti, comme toute histoire contemporaine ; mais sous le rapport de l'élévation de la pensée, de l'élégance et de la fermeté du style, c'est un livre qui nous assure un grand historien de plus. — M. Louis Blanc a l'intention de continuer l'histoire du règne de Louis Philippe, et il travaille en ce moment à, l'Histoire de la bourgeoisie en France et à une Histoire de la révolution française.

Armand Carrel avait dans toute sa personne quelque chose de chevaleresque. Le balancement de sa démarche, son geste bref, ses habitudes d'élégance virile, son goût pour les exercices du corps, et aussi, une certaine âpreté qu'accusaient les lignes heurtées de son visage et l'énergie de son regard, tout cela était plus du militaire que de l'écrivain. Officier sous la restauration, conspirateur à Béfort, armé en Espagne contre le drapeau blanc, traîné, plus tard, devant trois conseils de guerre, 1830 l'avait trouvé journaliste. Mais l'homme d'épée survivait en lui. Que de fois, dans la cour de l'hôtel Colbert, ne l'avons-nous pas vu entrer à cheval, dans une tenue sévère, et la cravache à la main ? Quoique plein de douceur et d'abandon dans l'intimité, il apparaissait dans la vie publique, dominateur et absolu. Ecrivain, il avait dans son style moins d'éclat que de relief, moins de mouvement que de nerf; mais il maniait d'une façon inimitable l'arme du mépris : il ne critiquait pas ses adversaires, il les châtiait ; et, comme il était toujours prêt à répondre par le sacrifice de sa vie aux ressentiments éveillés par sa parole, il régnait en maître dans le domaine de la polémique, dédaigneux, formidable et respecté. Il était né chef de parti : chef d'école, il n'aurait pu l'être. Il manquait de ce fanatisme froid qui naît des études opiniâtres et fait les novateurs. Yoltairien avant tout, il ne paraissait pas avoir souci de marquer sa place dans l'histoire par l'initiative de la pensée. Mais quand la vérité brillait à ses yeux, une vérité jusqu'alors méconnue par lui, il se rendait aussitôt ; car chez lui l'amour du progrès était irrésistible et la modestie pleine de courage. Incapable, toutefois, d'immoler à un vain désir de popularité ce qu'il y avait de modéré dans ses opinions et d'un peu aristocratique dans ses allures, son ascendant sur son ])arti n'était que celui d'un esprit altier, d'un talent reconnu et loyal. Il possédait au plus haut point le commandement ; il passionnait ses amis : c'était un caractère.

[Histoire de dix ans.)

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