AIME-MARTIN
AIME-MARTIN (Louis) est né à Lyon en 1786. Ne se sentant aucun goût pour le barreau, il y renonça, et, contre le gré do sa fa-
mille, vint à Paris se livrer à la carrière littéraire. Ses Lettres à Sophie sur la physique, la chimie et Vhistoire naturelle commencèrent sa réputation. Quelques années après, son éloge de Bernardin de Saint Pierre, dont il est le plus digne continuateur, le plaça au nombre de nos bons écrivains. . Pendant longtemps M. Aimé-Martin se contenta de la réputation de critique savant et ingénieux : tous ses loisirs étaient remplis par les soins qu'il apportait à éditer les œuvres de quelques uns de nos plus grands écrivains. Mais lorsqu'il eût achevé de surveiller la publication du Panthéon littéraire, dont il écrivit la remarquable Introduction, parue depuis sous le titre de Plan d'une bibliothèque, il put alors s'occuper de l'ouvrage qui a fondé sa gloire et fera vivre son nom. Le livre de V Education des mères de famille est une des plus belles inspirations dont la France littéraire du xix© siècle puisse être fière : un livre semblable est plus qu'un chef-d'œuvre, c'est une bonne action.
Un examen rapide des lois humaines, mis en regard des lois de la nature, nous a montré le monde secouant ses fers et marchant à grands pas vers la vérité. Pour compléter ce tableau, jetons les yeux sur l'état moral du globe, non dans les limites étroites des royaumes qui partagent le sol, mais dans les larges divisions établies par les croyances qui constituent les peuples. Le point lumineux est tout entier dans les progrès de l'Evangile, parce que l'Evangile, dans sa pureté primitive, n'est lui-même que l'expression des lois de la nature. Il suffit de mesurer cette lumière pour connaître l'avenir du genre humain.
A l'heure où je parle, plus du tiers des habitants du globe a reçu la loi du Christ, et vit sous l'influence de cette parole qui crée les nations. L'Europe est le centre de cette civilisation nouvelle, dont le point de départ est la France et l'Angleterre. Là, dans le cabinet isolé d'un petit nombre de sages, se préparent les destins de l'avenir ; là naissent et se développent des pensées généreuses d'humanité et de liberté dont le cercle s'élargit sans cesse, et qui arrivent des sages aux peuples, des peuples à l'Europe, et de l'Europe au monde.
Dans cette ligue sublime des intelligences, les Etats-
Unis d'Amérique viennent, avec l'ardeur d'un jeune homme, s'unir à la vieille Europe. Plus heureux que nous, ils n'ont pas eu de moyen âge : l'Angleterre, en voulant les dominer, leur inspira le besoin de l'indépendance. Ils apprirent de leurs maîtres à chérir la liberté, et les premières nouvelles de leur gloire furent un grand exemple aux nations de l'autre rive.
La jeune Amérique fut donc libre en naissant. Aucune habitude de servage, aucun regret du passé, aucun préjugé gothique ne troublèrent sa victoire. Elle n'eut point à se débattre contre ces théocraties qui retiennent les peuples dans les abjections de la misère et de l'ignorance ; elle ne vit pas son sol souillé par les superstitions des brames ou par les fureurs du prosélytisme : toutes les sectes qui s'y établissent ont l'esprit de TEvangile. O spectacle non encore vu par des yeux mortels! Elle naît avec la liberté, la tolérance et Pintelligence, elle échappe en même temps aux moines et à la barbarie ! Ses plus antiques sourenirs sont ceux de sa gloire et de son affranchissement, et, sans avoir passé par les ténèbres de l'enfance, elle arrive à l'âge de la vérité, riche de l'expérience et de la raison du genre humain.
.... Ainsi le tiers des habitants de l'ancien monde et bientôt le nouveau monde tout entier, deux cent soixantedix millions d'hommes, forment aujourd'hui l'armée de la civilisation, et, au milieu de cette armée, la France et l'Angleterre se lèvent comme deux astres dont les clartés se projettent sur toute l'étendue du globe.
[De r Education des mères de famille,)