LA VEUVE DU MALABAR
Les veuves indiennes, quelque penchant que tout être sensible ait pour sa conservation, se déterminent assez fièrement au sacrifice de leur vie. Si elles s'y refusaient, elles seraient dégradées, couvertes de haillons, destinées aux plus vils emplois, méprisées par les derniers des esclaves. Ces motifs peuvent bien entrer pour quelque chose dans leur résolution : mais elles y sont principalement poussées par la crainte de laisser une mémoire odieuse, et de couvrir d'opprobre leurs enfants, qu'elles aiment avec passion. Heureusement ces horribles scènes deviennent tous les jours plus rares. Jamais les Européens ne les soufî'rent sur le territoire où ils dominent.
[Histoire philosophique des Deux-Indes^ liv.'i. 8.)