‹ Leçons et modèles de littérature française; ouChapitre 87 sur 216 · UN VILLAGE MORAVE · texte numérisé non relu

UN VILLAGE MORAVE

J'ai été, il y a quelque temps, à Dintendorf, petit village près d'Erfurth, où une communauté de Moraves s'est établie. Ce village est à trois lieues de toute grande route ; il est placé entre deux montagnes, sur le bord d'un ruisseau ; des saules et des peupliers élevés l'entourent ; il y a, dans l'aspect de la contrée, quelque chose de calme et de doux, qui prépare l'âme à sortir des agitations de la vie. Les maisons et les rues sont d'une propreté parfaite ; les femmes, toutes habillées de même, cachent leurs cheveux, et ceignent leur tête avec un ruban dont les couleurs indiquent si elles sont mariées, filles ou veuves ; les hommes sont vêtus de brun, à peu près comme les quakers. Une industrie mercantile les occupe presque tous ; mais on n'entend pas le moindre bruit dans le village. Chacun travaille avec régularité et tranquillité ; et l'action intérieure des sentiments religieux apaise tout autre mouvement.

Les filles et les veuves habitent ensemble dans un grand

dortoir ; et, pendant la nuit, une d'elles veille tour à tour pour prier ou pour soigner celles qui pourraient devenir malades. Les hommes non mariés vivent de la même manière. Ainsi, il existe une grande famille pour celui qui n'a pas la sienne, et le nom de frère et de sœur est commun à tous les chrétiens.

A la place de cloches, des instruments à vent d'une trèsbelle harmonie invitent au service divin. En marchant pour aller à l'église, au son de cette musique imposante, on se sentait enlevé à la terre ; on croyait entendre les trompettes du jugement dernier, non telles que le remords nous les fait craindre, mais telles qu'une pieuse confiance nous les fait espérer ; il semblait que la miséricorde divine se manifestât dans cet appel et prononçât d'avance un pardon régénérateur.

L'église était décorée de roses blanches et de fleurs d'aubépine ; les tableaux n'étaient point bannis du temple, et la musique y était cultivée, comme faisant partie du culte ; on n'y chantait que des psaumes ; il n'y avait ni sermon, ni messe, ni raisonnement, ni discussion théologique. C'était le culte de Dieu en esprit et en vérité. Les femmes, toutes en blanc, étaient rangées les unes à côté des autres, sans aucune distinction quelconque ; elles semblaient des ombres innocentes, qui venaient comparaître devant le tribunal de la Divinité.

Le cimetière des Moraves est un jardin dont les allées sont marquées par des pierres funéraires, à côté desquelles on a planté un arbuste à fleurs. Toutes ces pierres sont égales ; aucun de ces arbustes ne s'élève au-dessus de l'autre, et la même épitaphe sert pour tous les morts : Il est né tel jour^ et tel autre il est retourné dans sa patrie. Admirable expression pour désigner le terme de notre vie î Les anciens disaient : Il a vécu^ et jetaient ainsi un voile sur la tombe, pour en dérober l'idée. Les Chrétiens placent au-dessus d'elle l'étoile de l'espérance.

Le jour de Pâques, le service divin se célèbre dans le cimetière, qui est placé à côté de l'église, et la résurrection est annoncée au milieu des tombeaux. Tous ceux qui sont

présents à cet acte du culte savent quelle est la pierre qu'on doit placer sur leur cercueil, et respirent déjà le parfum du jeune arbre dont les feuilles et les fleurs se pencheront sur leurs tombes. C'est ainsi qu'on a vu, dans les temps modernes, une armée tout entière assistant à ses propres funérailles, dire pour elle-même le service des morts, décidée qu'elle était à conquérir l'immortalité.

La communion des Moraves ne peut point s'adapter à l'état social tel que les circonstances nous le commandent ; mais, comme on a beaucoup dit depuis quelque temps que le catholicisme seul parlait à l'imagination, il importe d'observer que ce qui remue vraiment l'âme, dans la religion, est commun à toutes les églises chrétiennes. Un sépulcre et une prière épuisent toute la puissance de^ l'attendrissement ; et plus la croyance est simple, plus le culte cause d'émotion.

[L'Allemagne.)

NAPOLEON BONAPARTE né à Ajaccio, en Corse, le 15 Août 1769 ; mort à Sainte-Hélène, à six heures moins onze minutes, le samedi soir 5 Mai 1821.

Ses restes ont été transférés aux Invalides le 15 Décembre 1840.

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