LE VIEILLARD
Que n'ose pas la haine? Une femme avait conçu une telle antipathie pour son beau-père qu'elle ne pouvait souffrir de le voir manger dans les mêmes assiettes que le reste de la famille. Elle fit tant qu'elle obligea son mari de faire pour le pauvre vieillard un plat en bois.
Le mari, dans sa faiblesse coupable, oubliant donc ce qu'il devait à son vieux père, triste, souffrant et misérable, travaillait à ce vilain plat. Son fils entre en ce moment»
Que fais-tu là, papa ? — Un plat de bois, mon enfant,
Pour qui donc ? — Pour ton grand-père* 1*
—Tiens, que c'est drôle !...Et quand mangera-t-il dedans? — Mais tous les jours, mon ami.
— Ah ! Ah! Et pourquoi donc mangera-t-il dans ce plat-là plutôt que moi, plutôt que maman, plutôt que toi ? — Parce que...., parce que..., parce que..., parce qu'il est vieux, lui. — Bon ! je t'en ferai donc un, quand tu seras vieux, toi.
A ce mot, et le plat et l'outil tombent de la main du père ; son cœur se gonfle, la nature outragée se soulève avec effroi; des larmes mouillent ses yeux ; il approche son fils de ses genoux tremblans.
— N*m, mon enfant, non, tu ne m'en feras jamais ; et Dieu me punisse, si j'achève celui-ci.