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RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE

quer que tous les grands génies de son temps avaient été aussi contemporains de la Fronde et qu'ils n'eurent pas de successeurs. De nouveaux événements formèrent d'autres hommes , mais les pensées dominantes de l'âge de Louis n'en formèrent plus.

Molière fut à la fois le Corneille et le Racine de la comédie; également supérieur dans les pièces d'intrigue et dans celles de caractère , dans la gaieté d'imagination etdans celle d'observation. Quoi de plus spirituellement bouffon que le Médecin malgré lui, V Amour médecin, Pourccaugnac? Quoi de plus savamment intrigué que l'Ecole des femmes? Quel comique pour ainsi dire idéal dans le Bourgeois gentilhomme , le Malade imaginaire ! En un mot , quelle variété féconde dans les trente-cinq pièces qu'il nous a laissées ! Et partout , dans sa prose comme dans ses vers , quel style ! si naturel et si vigoureux , où la pensée est tellement inhérente à l'expression qu'on ne peut l'en concevoir détachée ! Un trait admirable, dans Molière, c'est que non-seulement il châtia les vices et les ridicules, mais encore qu'il les aperçut le premier dans des choses que son siècle estimait ou prenait au sérieux , en sorte que pour les attaquer, il fallait non-seulement une grande perspicacité d'esprit, mais aussi un courage d'artiste extrêmement rare; témoin, les Précieuses ridicules, les Femmes savantes ,1e Tartufe lui-même. Molière peut opposer à Phèdre, le Misanthrope, désespérant modèle de celte comédie classicofrançaise qui fait le pendant du système tragique conçu par Racine. Le principe développé dans le Misanthrope consiste aussi à abstraire une qualité unique d'un individu , à anéantir par la pensée toutes les autres, pour se concentrer sur celle-là , et à la mettre non-seulement en action , mais aussi , pour la faire mieux ressortir , en plaidoirie et en procès continuel avec les qualités opposées. Il est aisé de voir que si ce système dramatique présente beaucoup d'avantages , il offre aussi de nombreux inconvénients. Qu'on n oublie pas cependant de remarquer, dès le principe* que les deux grands hommes qui le créèrent , peu contents d'en atteindre la perfection , le surpassèrent eux-mêmes dans Alhalie et Tartufe. Tartufe et Alhalie , voilà les deux chefs-d'œuvre de la scène française ; voilà ce qu'elle peut opposer à tout ce que les anciens et les étrangers ont jamais eu de plus admirable. Là se trouvent tous les mérites , de là sont bannis tous les défauts des genres divers. L'unité et la variété, la généralité dans les passions, l'individualité dans les caractères, la leçon philosophique et morale réunie à l'intérêt dramatique, on y rencontre tout. Aucun personnage n'y est forcé ni déplacé , presque toujours l'action y remplace les plaidoiries théoriques habi-

tuelles au système classico-français , et s'il s'en présente quelques-unes, elles sont nécessitées par les événements et les situations. D'autres dramatistes, pris dans leur ensemble, sont peut-être des génies plus extraordinaires et plus puissants que Racine et Molière ; mais assurément aucun théâtre n'a produit deux pièces supérieures à Alhalie et au Tartufe.

Le Tartufe ne fut pas imité ; mais la ligne dont le Misanthrope était le point de départ fut suivie par presque tous les poêles comiques. On avait déjà distingué avant Molière le Menteur, de Pierre Corneille, pièce d'intrigue plutôt encore que de caractère, admirable sous le rapport du style; car , jusqu'alors , la comédie avait ignoré l'art d'imiter le langage de la bonne société et de réunir la décence à la gaieté. Pendant la vie de Molière, parurent les Plaideurs , de Racine , délicieux croquisdansle genre d'Aristophane, alliance de toute l'urbanité attique des anciens et de la bonne plaisanterie de nos pères; le sel, comme l'on disait alors, y est jeté à pleines mains, et, dans quelques mots, perce une observation de mœurs si profonde qu'on peut croire que Molière eût trouvé dans Racine un rival dangereux , si ce dernier eût suivi la même carrière. On distingua aussi dans le même temps la Mère coquette, de Quinault, le Jaloux désabusé, de Campistron , pièce moins mauvaise que ses tragédies. Raron fit l'Homme à bonnes fortunes et traduisit VAndrienne de Térence. On voit encore avec plaisir aujourd'hui le Grondeur de Rruéis et Palaprat , charge d'un excellent genre, leur Avocat Patelin, et le Don Juan, de Th. Corneille, qui ne sont que des traductions de Molière et du xve siècle , enfin les pièces épisodiques ou à tiroir de Boursault. Il y a des choses plaisantes et vraies dans son Mercure galant, et une moralité noblement exprimée dans Esope à la ville et Ésope <\ 'a cour, dont Montesquieu a fait le plus grand éloge en disant quelque part : « Je me souviens qu'en sortant d'une pièce intitulée : Ésope à la cour, je fus si pénétré du désir d'être plus honnête homme , que je ne sache pas avoir formé une résolution plus forte. »

Parmi les élèves de i école de Molière le premier ctleplusdistinguéfutRegnard. Cequi caractérise essentiellement ses pièces, c'est la gaieté, moins profonde sans doute, mais presque aussi franche, presque aussi spirituelle et plus folle peut-être que celle de Molière , surtout dans le Légataire universel elles Ménechmes. Car si le Joueur est plus vrai, si le portrait est d'autant mieux tracé d'après nature que le peintre servait de modèle, onrit plus encore dans les deux autres pièces , en dépit de l'immoralité réelle de la première. A celle écolo de gaieté appartiennent Dufrcsny, dont le Double

DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

veuvage, la Réconciliation normande, etc., furent fort applaudis ; Monflcury , l'auteur de la Femme juge et partie; Hauleroche , dont on voit encore avec plaisir le Deuil et Crispin médecin ; les deux Pojsson père et fils ; et surtout Dancourl, quoique peut-être il ait poussé trop loin la complaisance pour les vices de son siècle dans lé Chevalier à la mode, et les Bourgeoises de qualité. On cite encore les petites pièces de Legrand , l'Aveugle clairvoyant, Cartouche, surtout leRoide Cocagne, où brille une des plus rares qualités de notre comédie, le comique d'imagination. Legrand laisse jaillir quelques étincelles de ce feu follet et fantasque qui anima Aristophane chez les anciens et Shakspeare chez les modernes. Destouches est plus sérieux ; il ne manque point de finesse dans l'observation , et surtout de pureté et d'élégance dans le style , mais il a outré les défauts du genre classico-français. Toutes ses pièces qui sont des comédies de caractère, le Curieux, l'Ingrat, l'Ambitieux , le Médisant , le Philosophe marié, seraient très-froides si l'on en retranchait la soubrette et le valet obligé ; il faut excepter cependant le Glorieux, qui est son chef-d'œuvre. Au moins y a-t-il de la bonne gaieté dans la Fausse Agnès et le Tambour nocturne.

La danse et la musique avaient de tout temps fait partie des divertissements de la cour des rois de France. On avait même songé plusieurs fois à leur associer la poésie. Ce qu'on appelait le grand ballet, où se distingua Benserade , les intermèdes de certaines pièces de Molière, l'Andromède de Corneille, la Pomone d'un certain Perrin , peuvent donner une idée de ces productions. Enfin , vers 1673 , Quinault régularisa ces essais et créa l'opéra tel que nous le connaissons. Ce fut lui qui, aidé de Luili pour la musique, et de Vigarani pour les décorations , réunit réellement dans un spectacle brillant et bien ordonné tous les arts capables de toucher le cœur et d'enchanter l'imagination et les yeux , la poésie , la musique , la danse , la peinture. Le grand mérite de Quinault est d'avoir deviné ce que ses premiers successeurs n'ont pas aussi bien compris, que le véritable domaine de l'opéra est la féerie , la mythologie , l'idéal plutôt que l'histoire , le positif et la réalité. Nul poète , si l'on excepte Racine , n'a mieux coupé et disposé le vers lyrique pour le chant , et si l'on trouve chez lui de la fadour et du mauvais goût, il a des morceaux pleins de verve , et presque partout une douceur exquise. Ses meilleurs opéras sont ceux tYAlcesle, de Thésée, (ïArmidc et de Roland. Th. Corneille , Duché-, Campislron , Fontenellc , s'exercèrent dans le même genre ; mais tous sont bien inférieurs à Quinault. La Motte, auteur A'Issé, «lu Triomphe des arts , de Sémélé. voulut perfoc-

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