E PALAIS DE LA RENOMMÉE
Aux extrémités du monde , sous .le pôle , dont l'intrépide Cook mesura la circonférence à travers les vents et les tempêtes; au milieu des terres australes qu'une barrière de glaces dérobe à la curiosité des hommes , s'élève une montagne qui surpasse en hauteur les sommets les plus élevés des Andes dans le nouveau monde , ou du Thibet dans l'antique Asie.
Sur cette montagne est bâti un palais, ouvrage des puissances infernales. Ce palais a mille portiques d'airain ; les moindres bruits viennent frapper les dômes de cet édifice, dont le Silence n'a jamais franchi le seuil.
Au centre du monument est une voûte tournée en spirale comme une conque , et faite de sorte que tous les sons qui pénètrent dans le palais, y aboutissent; mais, par un effet du génie de l'architecte des mensonges, la plupart de ces sons se trouvent faussement reproduits ; souvent une légère rumeur s'enfle et gronde en entrant par la voie préparée aux éclats du tonnerre , tandis que les roulements de la foudre expirent en passant par les routes sinueuses destinées aux faibles bruits.
C'est là que , l'oreille placée à l'ouverture de cet immense écho, est assis sur un trône retentissant un démon , la Renommée. Cette puissance, fille de Satan et de l'Orgueil, naquit autrefois pour annoncer le mal. Avant le jour où Lucifer leva l'étendard contre le Tout-Puissant , la Renommée était inconnue. Si un monde venait à s'animer ou à s'éteindre , si l'Éternel avait tiré un univers du néant ou replongé un de ses ouvrages dans le chaos; s'il avait jeté un soleil dans l'espace, créé un nouvel ordre de séraphins, essayé la bonté
1 11 est aisé de voir que ce voyageur est. l'homme ; le prince, c'est Dieu ; le premier palais, la vie; le second, l'éternité, (tf. EO
j d'une lumière , toutes ces choses étaient aussitôt connues dans le ciel par un sentiment intime d'admiration et d'amour, par le chant mysté rieux de la céleste Jérusalem. Mais, après la rébellion des mauvais anges, la Renommée usurpa la place de cette invention divine. Bientôt précipitée au\ enfers , ce fut elle qui publia dans l'abîme la n ais sance de notre globe, et qui porta l'ennemi de Dieu à tenter la chute de l'homme. Elle vint sur la terre avec la Mort , et dès ce moment elle établit sa demeure sur la montagne, où elle entend cl répète confusément ce qui se passe sur la terre, aux enfers et dans les cieux.
ciiateaueriand. Les N aidiez, liv. 11.