BALZAC AU CARDINAL DE LA VALETTE
Monseigneur ,
L'espérance qu'on me donne depuis trois mois ffuc vous devez passer tous les jours en ce pays , m'a empêché jusqu'ici de vous écrire , et de me servir de ce seul moyen qui me reste de m'approcher de votre personne.
A Rome , vous marcherez sur des pierres qui ont été les dieux de César et de Pompée ; vous considérerez les ruines de ces grands ouvrages , dont la vieillesse est encore belle , et vous vous promènerez tous les jours parmi les histoires et les fables; mais ce sont des amusements d'un esprit qui se contente de peu , et non pas les occupations d'un homme qui prend plaisir de naviguer dans l'orage. Quand vous aurez vu le Tibre , au bord duquel les Piomains ont fait l'apprentissage de leurs victoires, et commencé le long dessein qu'ils n'achevèrent qu'aux extrémités de la terre ; quand vous serez monté au Capitole , où ils croyaient que Dieu était aussi présent que dans le ciel , et qu'il avait enfermé le destin de la monarchie universelle; après que vous aurez passé au travers de ce grand espace qui était dédié aux plaisirs du peuple , je ne doute point qu'après avoir regardé encore beaucoup d'autres choses , vous ne vous lassiez , à la fin , du repos et de la tranquillité de Rome.
Il est besoin , pour une infinité de considérations importantes, que vous soyez au premier conclave , et que vous vous trouviez à cette guerre qui ne laisse pas d'être grande , pour être composée de personnes désarmées. Quelque grand objet que se propose votre ambition , elle ne saurait rien concevoir de si haut , que de donner en même temps un successeur aux consuls , aux empereurs et aux apôtres , et d'aller faire de votre bouche celui qui marche sur la tète des rois , et qui a la conduite de toutes les âmes.