‹ Leçons françaises de littérature et de moraleChapitre 198 sur 649 · LE MARQUIS DE FEUQU1ËRES A LOUIS XIV, EN FAVEUR DE SON FILS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE FEUQU1ËRES A LOUIS XIV, EN FAVEUR DE SON FILS

Après avoir mis devant les yeux de Dieu toute ma vie , que je vais lui rendre , il ne me reste plus rien à faire , avant de la quitter, que de me jeter aux pieds de Votre Majesté. Si je croyais avoir plus de vingt-quatre heures à passer encore en ce monde, je n'oserais prendre la liberté que je prends. Je sais que j'ai déplu à Votre Majesté : et, quoique je ne sache pas précisément en quoi , je ne m'en crois pas moins coupable.

J'espère , sire , que Dieu me pardonnera mes péchés , parce que j'en ressens en moi un repentir bien sincère. Vous êtes l'image de Dieu , et j'ose vous supplier de pardonner au moins à mon fils des fautes que je voudrais avoir expiées de mon sang. Ce sont celles , sire , qui ont donné à Voire Majesté de l'éloignement pour moi , et qui sont cause que je meurs dans mon lit au lieu d'employer à votre service les derniers moments de ma vie et la dernière goutte de mon sang , comme je l'ai toujours souhaité.

Sire , au nom de ce roi des rois devant qui je vais paraître , daignez jeter des yeux de compassion sur un fils unique que je laisse dans ce monde sans appui , sans bien : il est innocent de mes malheurs, il est d'un sang qui a toujours bien servi Votre Majesté. Je prends confiance en la bonté de votre cœur ; et, après vous avoir encore une fois demandé pardon , je vais me remettre entre les mains de Dieu , à qui je demande pour Votre Majesté toutes les prospérités que méritent vos vertus.

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