DESCARTES ET GASSENDI
Il est peu de contrastes plus frappants que celui qui se présente en comparant entre eux ces deux illustres rivaux. 11 n'y eut pas moins d'opposition entre les caractères de leurs esprits qu'entre les principes de leurs doctrines. Le génie de Descaries , plein d'originalité , d'énergie et d'audace, aspirait en tout à être créateur; la raison de Gassendi, resserrée, prudente, calme, investigatrice , s'attachait en tout à juger sainement : Descartes, renfermé en lui-même, s'efforçait de reconstruire la science entière avec les seules forces de la méditation ; Gassendi , observant la nature, étudiant les écrits des sagej de tous les siècles , s'efforçait d'ordonner les faits et d'obtenir un choix éclairé entre les opinions. Le premier, procédant à la manière des géomètres , demandait à quelques principes simples une longue étendue de corollaires; le second, imitant les naturalistes, rassemblait un grand nombre de données, pour tirer de leur comparaison une solide conséquence. Le premier montrait une habileté admirable dans l'art de former un système ; le second excellait dans la critique des systèmes d'aulrui. L'un , dogmatisle absolu , aimait à parler en maître, peut-être parce qu'il éprouvait une coin iclion profonde , et ne supportait pas la contradiction sans impatience; l'autre,
• Dcscarlpsnnqnil.cn Tonrainc en 1590. 11 fut le porc de naquit a Woolsliopc en 1042, et mourut en 1727. (PI. la philosophie moderne en brisant le joug d'Arislole, et en 2 l.cibnitz naquit a Leipzig en 1646, et mourut en 1710.
■prenant A douter. Il mourut en 1630. Bacon, chancelier d'Angleterre sous la reine ÊllsauclD
Sir isaac Newton, qui découvrit la théorie tic l'ai- \ naquit en 1361, et mourut en 1626. (II. EJ traction par laquelle il expliqua le système du monde
CARACTERES OU PORTRAITS
dialecticien exercé , démêlait avec art les objections , se défiait aussi de lui-même , et se rendait facilement aux doutes qui lui étaient présentés. L'un fit de grandes et de véritables découvertes , et s'égara dans de téméraires hypothèses; l'autre rassembla un grand nombre de vérités partielles, et détruisit surtout un grand nombre d'erreurs. L'un , déployant toute la hardiesse de la synthèse, s'éleva plus haut qu'aucun des modernes qui l'avaient précédé dans la région transcendantale des sciences ; l'autre, employant toute la sagacité de l'analyse, choisit, assembla les matériaux propres à servir de base à l'édifice , et en examina la solidité. Tous deux avaient jugé en hommes supérieurs les vices de la philosophie de leur siècle , avaient senti le besoin de la réforme ; mais Descartes , rejetant avec une sorte de dédain les secours que lui offrait la raison des âges précédents , voulut recommencer à neuf l'édifice tout entier. Gassendi invoqua cette raison des temps anciens , mais en soumettant ses traditions à une révision sévère, et à un éclectisme éclairé. Celui-là se plongea d'abord dans un vide immense où il put en liberté jeter les théories qu'il conçut , et n'en devint que plus affirmatif pour avoir commencé par douter ; le second s'attacha d'abord à savoir, à observer, et parut souvent incliner, dans ses conclusions, au scepticisme, parce qu'en résultat il avait détruit des opinions erronées ou des preuves insuffisantes. Descartes étonna et remua son siècle ; il eut des enthousiastes passionnés, des adversaires ardents; mais la secte qu'il avait fondée s'est dissipée promptement : il apparut comme un météore brillant , dont l'éclat éblouit les regards. Gassendi répandit au loin une lumière égale et douce ; l'influence qu'il a exercée a été plus durable peut-être, quoique moins ensible1»
DE CÉIUNDO,