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LE LIVRE DE LA RAISO

Lorsque le ciel , prodigue en ses présents, Combla de biens tant d'êtres différents , Ouvrages merveilleux de son pouvoir suprême, De Jupiter l'homme reçut, dit-on, Un livre écrit par Minerve elle-même,

Ayant pour titre la Raison.

Ce livre, ouvert aux yeux de tous les âges, Les devait tous conduire à la vertu ; Mais d'aucun d'eux il ne fut entendu, Quoiqu'il contînt les leçons les plus sages. L'enfance y vit des mots, et rien de plus;

La jeunesse, beaucoup d'abus; L'âge suivant, des regrets superflus; Et la vieillesse en déchira les pages.

AOBEnT.

Un miroir merveilleux , et d'utile fabrique, Où se peignait par art le naturel des gens , Attirait, au milieu d'une place publique,

Les regards de tous les passants.

J'ignore chez quel peuple; il n'importe en quel temps, Chacun glose à l'envi sur ce tableau fidèle. Arrive une coquette : elle y voit traits pour traits Ses petits soins jaloux et ses penchants secrets : Sans mentir, voilà bien le portrait d'Isabelle! Présomption , désirs , mépris d'autrui : c'est elle , C'est son esprit tout pur, je la reconnais là.

Le joli miroir que voilà!

Et combien je m'en vais humilier la belle!

Un petit-maître succéda, Et la glace aussitôt présente pour image

Beaucoup d'orgueil et fort peu de raison. Parbleu ! je suis ravi que l'on ait peint Damon, S'écrie, en se mirant, l'important personnage ;

Et je voudrais que, pour devenir sage , De ce miroir malin il prît quelque leçon.

Après ce fat vient un vieil Harpagon D'une espèce tout à fait rare.

Il tire une lunette , et se regarde bien;

Puis, ricanant d'un air bizarre:

C'est Ariste , dit-il , ce vieux fou , cet avare, Qui se ferait fouetter pour accroître son bien ; J'aurais un vrai plaisir à montrer sa lésine , Et paîrais de bon cœur cette glace divine

Si l'on me la donnait pour rien.

Mille gens vicieux, sur les pas de cet homme, Tour à lour firent voir la même bonne foi ; Chacun d'eux reconnut, dans le brillant fantôme-, Qui l'un, qui l'autre, et jamais soi.

Tout homme est vain, tout homme aime à médire :

On rirait moins des traits de la satire, Si la présomption dont naquit le dédain

Entre eux et nous ne mettait le prochain.

LE MÊME

FABLES

l'histoire.

La capitale d'un empire Que le glaive du Scythe achevait de détruire,

Par mille édifices pompeux Du sauvage vainqueur éblouissait la vue. D'un prince qui régna dans ces murs malheureux Il admirait surtout la superbe statue.

On lisait sur le monument :

A très-puissant , très-bon, très-juste et très-clément, El le reste; en un mot, l'étalage vulgaire Des termes consacrés au style lapidaire. Ces mots en lettres d'or frappent le conquérant ;

Ce témoignage si touchant Qu'aux vertus de son roi rendait un peuple immense, Emeut le roi barbare ; il médite en silence Sur ce genre d'honneur qu'il ne connut jamais; Longtemps de ce bon prince il contemple les traits. 11 se fait expliquer l'histoire de sa vie. « Ce prince, dit l'histoire , horreur de ses sujets, Naquit pour le malheur de sa triste patrie. Devant son joug de fer il fit taire les lois; Il étouffa l'honneur, ce brillant fanatisme

Qui sert si bien les rois, El fit le premier pas vers l'affreux despotisme. » Tel était le portrait qu'à la postérité

Transmettait l'équitable histoire.

Le Scythe confondu ne sait ce qu'il doit croire. Pourquoi donc, si l'histoire a dit la vérité,

Par un monument si notoire

Le mensonge est-il attesté?

Sa Majesté sauvage était bien étonnée.

« Seigneur, dit un des courtisans Qui , durant près d'un siècle, à la cour des tyrans

Traîna sa vie infortunée, Seigneur, ce monument qui vous surprend si fort,

Au destructeur de la patrie

Fut érigé pendant sa vie...

On fit l'histoire après sa mort, j

BOISSARD.

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