MÉDÉE ÉVOQUE LES FURIES ET LES DIVINES .NFERNALES
Ministres rigoureux de mon courroux fatal, Redoutables tyrans de l'empire infernal ,
2 voyez Virgile Énéi«e,\W- iv.dont ee discours est iraUutt tout entier.
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ET MORCEAUX ORATOlïtES.
Dieux, d terribles dieux du trépas et des ombres; Et vous, peuple cruel de ces royaumes sombres, Noirs enfants de la Nuit, mûnes infortunés, Criminels sans relâche à souffrir condamnés, Barbare Tisiphone, implacable Mégère, Nuit, Discorde, Fureur, Parques, monstres, Cerbère, Reconnaissez ma voix, et servez mon courroux! Dieux cruels! dieux vengeurs! je vous évoque tous. Venez semer ici l'horreur et les alarmes ; Venez remplir ces lieux et de sang et de larmes. Rassemblez, déchaînez tous vos tourments divers ; Et, s'il se peut, ici transportez les enfers... On m'exauce : le ciel se couvre de ténèbres, L'air retentit au loin de hurlements funèbres. Tout redouble en ces lieux le silence et l'horreur; Tout répand dans mon âme une affreuse terreur. Ce palais va tomber, la terre mugit, s'ouvre : Son sein vomit des feux, et l'enfer se découvre. Quel est ce criminel qui cherche à se cacher? Je reconnais Sisyphe à ce fatal rocher. Témoin des maux cruels qu'on prépare à sa race, 11 se cache de honte, et pleure sa disgrâce ; Son désespoir commence à soulager le mien. Le crime de ta race est plus noir que le tien, Audacieux Sisyphe, et le roi du Tartare Ne saurait vous trouver de peine assez barbare.
Mais quels fantômes vains sortent de toutes parts? Que de spectres affreux s'offrent à mes regards? Quelle ombre vient à moi ? que vois-je ? c'est mon père! Quel coup a pu sitôt lui ravir la lumière ? îhère ombre, apprends-le -moi. Ma fuite et ma fureur, Hélas ll'ontfait sans douteexpirerdedouleur: [glaule Tends-moi les bras du moins.. .Mais quelle ombresan- Se jette entre nous deux, terrible et menaçante? De blessures, de sang, couvert, défiguré, Ce spectre furieux parait tout déchiré.
C'est mon frère ; oui, c'est lui, je le connais à peine. Ah ! pardonne, chère ombre, à ma rage inhumaine ; Pardonné, l'amour seul a causé ma fureur : Il fut ton assassin, il sera ton vengeur, Et saura l'immoler de si grandes victimes, Qu'il obtiendra de loi le pardon de ses crimes. Le sang... tout disparait; tout fuit devant mes yeux; Tisiphone avec moi reste seule en ces lieux... Noire fille du Styx, furie impitoyable, Ah! cesse d'attiser mon courroux effroyable; Calme de les serpents les affreux sifllemenls ; Tu ne peux ajouter à mes ressentiments; Ne songe qu'à servir une fureur si grande : Hécate le désire, el je te le commande. Nuit, Styx, Hécate, Enfers, terribles déilés; l'ordonne. Obéissez, sourdes divinités!
Le charme a réussi, poursuivons ma vengeance.
LE MÊME. Ibid.
FUREUR D'ilERMIONE.
3e ne t'ai point aimé, cruel! Qu'ai-je donc fait1? J'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes; Je l'ai cherché moi-même au fond de les provinces ; J'y suis encor, maigre les infidélités, Et malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés : Je leur ai commandé de cacher mon injure; J'attendais en secret le retour d'un parjure ;
; adresse ces reproches A Pyrrhus»
J'ai cru que tôt ou tard , à ton devoir rendu , Tu me rapporterais un cœur qui m'était dû. Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle? Et même en ce moment où ta bouche cruelle Vient si tranquillement m'annoncer le trépas, Ingrat! je doute encor si je ne t'aime pas. Mais, seigneur, s'il le faut , si le ciel en colère Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire, Achevez votre hymen, j'y consens; mais du moins Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins. Pour la dernière fois je vous parle peut-être. Différez-le d'un jour; demain vous serez maître. Vous ne répondez point? Perfide, je le voi, Tu comptes les moments que tu perds avec moi, Ton cœur, impatient de revoir la Troyenne, Ne souffre qu'à regret qu'une autre t'entretienne. Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux. Je ne le retiens plus, sauve- loi de ces lieux; Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée, Va profaner des dieux la majesté sacrée ; Ces dieux, ces justes dieux n'auront pas oublié Que les mêmes serments avec moi t'ont lié : . Porte au pied des autels ce cœur qui m'abandonne, Va, cours ; mais crains encor d'y trouver Hermione. racine. Andromaque, acte IV, se. V-
MODELE D'EXERCICE
Pyrrhus avoue tous ses torts, et lui confirme la résolution où il est d'épouser Andromaque. Hermione dissimule d'abord ses ressentiments. Elle se croirait humiliée de paraître trop sensible à celte offense : c'est le dernier effort de l'orgueil qui combat contre l'amour. Elle affecte même de rabaisser ce même héros que tout à l'heure elle élevait jusqu'aux nues. Ses exploits ne sont plus que des cruautés : elle lui reproche la mort du vieux Priam. Pyrrhus lui répond en homme absolument détaché. Il s'applaudit de la voir si tranquille , cl de se trouver beaucoup moins coupable qu'il ne le croyait. 11 se plaît à croire que leur mariage n'était en effet qu'un arrangement ■de politique. Mais Hermione ne veut pas lui laisser cette excuse ; l'amour irrité ne se contient pas longtemps; et quand Pyrrhus lui dit :
Rien ne vous engageait a m'aimer, en effet,
elle éclate, et se montre tout entière:
Je ne t'ai point aimO, etc.
Les reproches amènent bientôt l'attendrissement et la prière ; c'est la marche de la nature ; et comme le changement de ion est marqué !
Mais, seigneur , etc.
Il y a dans cette demande plusieurs sentiments à la fois dont une âme agitée ne se rend pas compte, cl qui l'occupent tous sans qu'elle y pense. Elle s'est attendrie , et ne veut pas que Pyrrhus , en épousant Aiidromaquc , s'expose à la vengeance
-il s
DISCOURS
des Grecs. Elle ne demande qu'un jour : ce jour éloigne au moins le plus grand des malheurs , et l'éloigner , c'est peut-être le prévenir. L'espérance n'abandonne jamais l'amour. Mais Pyrrhus paraît insensible à cette prière. Elle ne veut qu'un jour, et il le refuse : il ne reste que le )ir.
Vous ne repondez point?... etc.
L'amour et la fureur réunis, ensemble n'ont jamais eu un accent plus vrai , ni plus effrayant. Il serait infini de détailler tout ce qu'il y a dans ce morceau. L'analyse de cinq ou six rôles des pièces de Racine , faite dans cet esprit, serait une histoire complète de l'amour : jamais on ne l'a ni mieux connu, ni mieux peint. Quelle vérité dans ce vers :
Tu comptes les moments que tu perds avec moi.
Comme cette observation est juste ! Rien n'échappe à la vue perçante d'une femme qui aime, même dans le trouble de la colère. Elle ne peut se cacher que ses reproches , dès qu'ils sont inutiles , ne font que la rendre importune , et que celui qui en est l'objet compare involontairement ces moments si tristes et si insupportables avec ceux qui l'attendent auprès d'une autre. Et cette expression, ta Troycnnel qu'il y a de haine et de dénigrement dans ce mot ! Ce ne sont, si l'on veut, que des nuances ; mais c'est la réunion des circonstances, même légères, qui fonde l'illusion de l'ensemble : rien n'est petit dans la peinture des passions. Celte autre expression, lu lui parles du cœur, qu'elle est heureuse et neuve ! C'est encore la passion qui en trouve de pareilles. Sauve-loi de ces lieux , pourrait ailleurs être familier : il est relevé par ce qu'il y a de cruel dans l'empressement de quitter Hermione. On ne finirait pas : je m'arrête; et parmi tant de beaulés, cherchez un mot de trop, un mot à reprendre; :1 n'y en a point.
la harpe. Cours de Littérature.
PIIILOCTÈTE CONJURE PYRRHUS DE l/ARRACHER A 1/AF- FREUX ABANDON. OU IL EST RÉDUIT DANS L'iLE DE LEMNOS.
Ah ! par les immortels de qui tu tiens le jour, Par tout ce qui jamais tut cher à ton amour, Par les mânes d'Achille et l'ombre de la mère , Mon (ils, je l'en conjure, écoule ma prière; Ne me laisse pas seul en proie au désespoir, En proie à tous les maux que les yeux peuvent voir; Cher Pyrrhus, tire-moi des lieux où ma misère M'a longtemps séparé de la nature entière. C'est le charger, hélas! d'un bien triste fardeau, Je ne l'ignore pas; l'effort sera plus beau
De m'avoir supporté : loi seul en étais digne: Et de m'abaiidonner la honte est trop insigne; Tu n'en es pas capable : il n'est que les grands cœurs Qui sentent la pitié que l'on doit aux malheurs, Qui sentent d'un bienfait le plaisir et la gloire. Il sera glorieux , si tu daignes m'en croire. D'avoir pu me sauver de ce fatal séjour.
Jusqu'aux vallons d'OEta le trajet est d'un jour; Jette- moi dans un coin du vaisseau qui te porle. A la poupe, à la proue, où tu voudras, n'importe, Je t'en conjure encore, et j'atteste les dieux i Le mortel suppliant est sacré devant eux. Je tombe à tes genoux, ô mon fils, je les presse D'un effort douloureux qui coûte à ma faiblesse. Que j'obtienne de toi la fin de mes tourments; Accorde celte grâce à mes gémissements.
Mène-moi dans l'Eubée, ou bien dans ta patrie; Le chemin n'est pas long à la rive chérie Où j'ai reçu le jour, aux bords du Sperchius, Doras charmants, et pourmoi depuis longtemps perdus] Mène-moi vers Pœan : rends un fils à son père. Eli ! que je crains , ô ciel ! que la Parque sévère De ses ans, loin de moi, n'ait terminé le cours! J'ai fait plus d'une fois demander ses secours : Mais il est mort s^ns doute; ou ceux de qui le zèle Lui devait de mon sort porter l'avis fidèle, A peine en leur pays, ont bien vite oublié Les serments qu'avait faits leur trompeuse pitié.
Ce n'est plus qu'en toi seul que mon espoir réside : Sois mon libérateur, ô Pyrrhus: sois mon guide; Considère le sort des fragiles humains : Et qui peut un moment compter sur les deslins? Tel repousse aujourd'hui la misère importune, Qui tombera demain dans la même infortune. Il est beau de prévoir ces retours dangereux, Et d'être bienfaisant alors qu'on est heureux '.'
la harpe. PhiloclÈle, act iev,-sc. iv.
PHOCAS ENTRE HERACHUS ET MAttTUN.
Hélas ! je ne puis voir qui des deux est mon fils Et je vois que tous deux ils sont mes ennemis ! En ce pileux état quel conseil dois-je suivre? J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre: Je sais que de mes mains il ne peut se sauver; Je sais que je le vois , et ne le puis trouver ! La nature tremblante, incertaine, étonnée, D'un nuage confus couvre sa destinée :
L'assassin, sous cette ombre, échappe à ma rigueur, Et, présenta mes yeux, il se cache en mon cœur. Martian... à ce nom aucun ne veut répondre, Et l'amour paternel ne sert qu'à me confondre. Trop d'un Héraclius en mes mains est remis; Je liens mon ennemi , mais je n'ai plus de fils. Que vèux-lu donc, nature, et que prétends-lu faire? Si je n'ai plus de fils, puis-je encore être père? De quoi parle à mon cœur ion murmure imparfait? Ne me dis rien du tout, ou parle tout à l'ait. Qui que ce soit des deux que mon sang a fait naître, Ou laisse-moi le perdre, ou fais-le-moi connaître.
O toi, qui que lu sois, enfant dénaturé, Et trop digne du sort que lu l'es procuré, Mon trône est-il pour toi plus honteux qu'un supplice? O malheureux Phocas! ôtrop heureux Maurice!
«Tout ce morceau est presque entièrement traduit do soi uoclc. tN. F..'.
ET MORCEAUX ORATOIRES
Tu recouvres deux fils pour mourir après loi , Et je n'eu puis trouver pour régner après moi! Qu'aux honneurs de la mort je dois porter envie, Puisque mon propre (ils les préfère à sa vie !
corneille, Héracltus, acte iv, se iv
LE GRAND PRÊTRE JOAD AU JEUNE ROI JOAS , CONTRE LES DANGERS DE LA FLATTERIE.
0 mon fils! de ce nom j'ose encor vous nommer, Souffrez celle tendresse et pardonnez aux larmes Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes. Loin du trône nourri , de ce fatal honneur, Hélas ! vous ignorez le charme empoisonneur; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, El des lâches flatteurs la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois, Maîtresses d'un vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même, Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes, au travail le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut êlre gouverné ; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime. Ainsi, de piège en piège, et d'abîme en abîme, Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté, Ils vous feront enfin haïr la vérité; Vous peindront la vertu sous une affreuse image; Hélas ! ils ont des rois égaré le plus sage ! Promettez sur ce livre, et devant ces témoins, Que Dieu sera toujours le premier de vos soins ; Que, sévère aux méchants, et des bons le refuge, Entre le pauvreetvous,vousprendrez Dieu pour juge; Vous souvenant , mon fils , que , caché sous le lin , Comme eus vousf'ùtes pauvre, el comme eux orphelin. racine. Athalie, acle îv, se. m.
Lorsqu'un arrêt sanglant aura frappé ton père,
0 mon fils, c'est à toi de consoler la mère :
Tu vois où la conduit sa tendresse pour nous;
Tu connais tes devoirs, lu les rempliras tous.
De respect et d'amour environne sa vie;
Je vais m'en séparer, et je te la confie.
Révère ion aïeule : à ses conseils soumis,
Suis ses sages leçons ; n'en rougis pas, mon fils.
Redoutée au dehors, de mon peuple bénie,
L'Europe avec respect contemple son génie;
Et les Français en elle admirent avec moi
Les vertus de son sexe et les talents d'un roi.
Loin de la cour l'impie , el ses conseils sinistres!
Affermis les autels, honore leurs minisires;
Fils aîné de l'Eglise, obéis à sa voix;
Du pontife romain lais respecter les droits;
Rends hommage au pouvoir qu'il reçut du ciel même;
Mais, soutenant, mon fils, l'honneur du diadème,
Si d'une guerre injuste il l'imposait la loi,
Résiste , et sois chrétien sans cesser d'être roi.
Accueille ces vieillards dont l'austère sagesse
A travers les périls guidera ta jeunesse;
De leur expérience emprunte les secours;
Fais régner la justice. Abolis pour toujours
Ces combats où, des lois usurpant la puissance,
La force absout le crime, el lient lieu d'innocence *.
A la voix des flatteurs que ton cœur soit fermé.
Consolateur du pauvre, appui de l'opprimé,
Permets que tes sujets t'approchent sans alarmes,
Qu'ils te montrenlleurjoie, ou t'apportent leurs larmes.
Compatis à leurs maux, sois fier de leur amour,
Règne enfin pour ton peuple, et non pas pour ta cour.
Je le connais ce peuple : il mérite qu'on l'aime;
En le rendant heureux tu le seras loi-même.
ancelot. Louis jx, act. IV, se. VI.
LOUIS IX , MENACÉ DE LA MORT PAR LE SOUDAN D'EGYPTE, DONNE A PHILIPPE SON FILS SES DERNIÈRES INSTRUC- TIONS.
Je reconnais mon fils : au-dessus du malheur, Rien ne semble impossible à sa jeune valeur. J'aime cette vertu qu'en lui mon peuple honore ; Mais la France à son roi demande plus encore. Tu peux l'être bientôt. 0 mon fils, mon cher fils, Entends mes derniers' vœux et mes dernieYs avis; Grave-les dans ton cœur. Si le ciel , qui me frappe, Veut aux coups d'Almodan1 que ta jeunesse échappe, S'il te rend aux Français que lu dois gouverner, Songe aux nombreux écueils qui. vont l'environner; Et, suivant le chemin que te irace ton père, Joins au bien qu'il a l'ait le bien qu'il n'a pu faire.
Ah! puisse l'Eternel me frapper avant vous! Mais sur vous seul , hélas ! s'il fait tomber ses coups ; Si , détruisant l'espoir où mon cœur s'abandonne, Il condamne mon front à porter la couronne, J'aurai pour me guider vos vertus et vos lois; L'exemple de mon père est la leçon des rois.
« Soudan d'Egypte.
s Lc6 duels Judiciaires, où l'accusateur et l'acculé devaient