L'HOMME BLASE
Aux ennuis condamné ,
Accablé du fardeau d'une tristesse extrême, Réduit au sort affreux d'être à charge à moi-même» J'épargne aux yeux d'aulrui l'objet fastidieux D'homme ennuyé partout, et partout ennuyeux. C'est un état qu'en vain vous voudriez combattre : Insensible aux plaisirs dont j'étais idolâtre, Je ne les connais plus, je ne trouve aujourd'hui Dans ces mêmes plaisirs que le vide et l'ennui : Cette uniformité des scènes de la vie Ne peut plus réveiller mon âme appesantie; Ce cercle d'embarras, d'intrigues, de projets, Ne doit nous ramener que les mêmes objets ; Et, par l'expérience instruit à les connaître, Je reste sans désirs sur tout ce qui doit être. Dans le brillant fracas où j'ai longtemps vécu, J'ai tout vu, tout goûté, tout revu, tout connu; J'ai rempli pour ma part ce théâtre frivole : Si chacun n'y restait que le temps de son rôle, Tout serait, à sa place, et l'on ne verrait pas Tant de gens éternels dont le public est las. Le monde usé pour moi n'a plus rien qui me touche, Et c'est pour lui sauver un rêveur si farouche , Qu'étranger désormais à la société, Je viens de mes déserts chercher l'obscurité.
gresset. Sidney, act. n, se. II.