L'IMMORTALITE DE L'AME
Alors qu'à des brigands d'implacables deslins Semblaient abandonner la France infortunée, Des antres do la nuit par le crime appelée , Poussant jusques aux cieux ses cris blasphémateurs, L'impiété parut : nos cruels oppresseurs
Sous ses drapeaux rangés, marchèrent plus terribles:
Le néant, le hasard furent leurs dieux horribles.
De l'homme infortuné doublement assassins,
Dansles tombeaux qu'ouvraientleurs homicides mains
Ils pensaient renfermer son âme impérissable.
L'espérance, au malheur dans l'ombre secourable .
Fuyait de ces pervers l'aspect contagieux :
L'exilant de la terre ils lui fermaient les cieux.
Mais quoillecrime heureux foule aux pieds l'innocence
Pourlui sont les plaisirs, les honneurs, la puissance
Pour la vertu l'exil , les fers, la pauvreté;
Et vous ravissez l'homme à l'immortalité!
Aux souffrances du juste il n'est point de salaire.
Nul supplice n'allend les tyrans de la terre!
Tous ces grands criminels, si souvent impunis,
Dans la paix des tombeaux aux justes réunis,
Egaux par le néant, offriraient à la terre
Le crime et la vertu dans la même poussière!
De ce triste néant par le hasard tirés ,
Dans son gouffre effrayant presque aussitôt rentrés,
Ce n'est doncrienpour nous, malheureuxquenous sommes,
D'avoir été l'amour ou le fléau des hommes !
Non, l'âme ne meurt point : ah! l'Etre tout-puissant,
Qui grave dans nos cœurs celte horreur du néant,
Pourrait-il sans pitié nous y plonger lui-même?
Le penser est un crime , et le dire un blasphème.
Il existe, ce Dieu; vous n'osez en douter.
Méchants, ignorez- vous qu'il ne peut exister
Si sur nous sa bonté n'égale sa puissance?
0 de l'éternité noble et douce espérance !
Je me jette en ton sein : ô vous, infortunés,
Aux pénibles travaux, aux mépris condamnés,
Qui ne vous nourrissez, dans vos longues alarmes,
Que d'un pain de douleur arrosé de vos larmes ,
Fils de la patience et de la pauvreté,
Consolez-vous, pensez à l'immortalité!
Et vous qui, dans l'ivresse où votre âme se noie,
De leurs gémissements composez votre joie,
De ces faibles troupeaux pasteurs faux et cruels,
Tremblez » tyrans , tremblez, vous êtes immortels!