LE MAUVAIS PLAISANT
La Fontaine a dit vrai ; le ciel fit pour les sots Tous les méchants diseurs d'insipides bons mots. 0 le fâcheux plaisant , qui , dans son froid délire , L'ennui peint sur le front , prend le masque du rire , Et , pesamment folâtre en sa légèreté , Tourmente son prochain de sa triste gaité ! Quelle gloire, en effet, pour tout être qui pense , De vieillir dans ces jeux d'enfantine démence , D'avilir son esprit , noble présent des cieux, Au rôle indigne et plat d'un farceur ennuyeux, Qui, payant son écot en équivoques fades, Envie à Taconnel l'honneur de ses parades ; Et même en cheveux gris parasite bouffon , Transporte ses tréteaux chez les gens du bon ton !
Non que je veuille ici , censeur atrabilaire, Effaroucher les ris et bannir l'art de plaire ,
Ou bien , de l'amitié vantant les seuls attraits , Du carquois de Monius émousser tous les traits : Je connais tout le prix d'un riant badinage ; Mais je hais d'un farceur l'absurde personnage ; Ses grossiers calembours, ses burlesques accents; Un bouffon sait tout feindre , excepté le bon sens. < D'un baron d'Onderwal, l'un peint l'air hypocondra Exprès pour m'ennuyer l'autre arrive de Londre : M ais, quelque nom qu'il prenne, ou baron, ou milord , Un sot est toujours sot, et, l'on reconnaît Gord.
Je plains le malheureux qui s'est mis dans la lêle De plaire aux gens d'esprit à force d'être bêle. Qu'un monsieur Turcaret savoure , en se pâmant , De ses mots à gros sel le stupide enjoûment : Ce jargon sert toujours de voile à la sottise; Le véritable esprit n'a rien qui le déguise : Pareil à la beauté , la nature est son art : Les Grâces et d'Egmond n'ont pas besoin de fard.
FIN DE L'AITENDICE.
NOTICE SUR LES AUTEURS