‹ Leçons orales de clinique chirurgicaleChapitre 46 sur 84 · Î5GG · texte numérisé non relu

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sanguin, est sujet depuis fort longtemps aux an- | gines tonsillaires. Le traitement antiphlogistique, qu’il a constamment employé pour dissiper celte inflammation, n’a jamais pu prévenir sa terminaison par suppuration. Ayant été pris de nouveau d’une angine intense avec céphalalgie et fièvre, il saupoudra ses amygdales d’alun, et usa, dans l’intervalle de ses frictions, d’un gargarisme aluminé concentré. Après vingt-quatre heures de l’emploi de ce médicament, les douleurs vives furent presque complètement dissipées; la déglutition, qui était devenue impossible, s’opéra sans difficultés. L’engorgement des amygdales ne se dissipa pas aussi rapidement; mais du reste les accidents se dissipèrent comme par enchantement. Le malade, qui jusqu’alors avait toujours gardé le lit pendant plus de huit jours dans les angines précédentes, et avait vu constamment un abcès terminer sa maladie, en fut quitte cette fois avant le troisième jour. Quelques jours après, l’amygdalite reparut en partie à la suite d'un excès. Le même traitementamena le même résultat. Depuis quatre mois, le jeune homme n’a point ressenti la moindre douleur du côté des amygdales.

J’ajouterai auxdétails contenus dans cette observation qu’en moins d’une année j’ai vu M. Pédélaborde quatre fois en proie à l’angine tonsillaire, et qu’une saignée du bras accompagnée chaque fois d’une application de sangsues au cou ne l’ont point empêché en effet de se terminer par un abcès.

Obs. VIII 1. — M. R..., architecte, était affecté depuis plusieurs jours d’une inflammation des amygdales et des parties voisines. Il y avait fièvre, tuméfaction des glandes et difficulté assez prononcée dans la déglutition. Le traitement antiphlogistique, auquel le malade avait été soumis, resta sans effet appréciable. L’usage d’un gargarisme d’alun très-concentré triompha au contraire des accidents, et dès le troisième jour les symptômes étaient entièrement dissipés.

Obs. IX2. — M. D..., étudiant en médecine, est pris d’angine tonsillaire avec fièvre et céphalalgie. Les symptômes augmentent rapidement. Le troisième jour, la difficulté de la déglutition est trèsconsidérable, et la voix fortement altérée. Le malade se saupoudra lui-même les amygdales avec de l’alun. Les amygdales étaient tuméfiées, ainsi que les parties voisines, qui étaient vivement enflammées. Le troisième jour, tout avait disparu, et la convalescence n’éprouva aucune entrave.

M. Joannin, qui a traité par l’alun en frictions ou par les gargarismes plus ou moins fortement aluminés des angines tonsillaires, en a éprouvé les

mêmes effets et obtenu des guérisons avec une rapidité surprenante. Il m’a communiqué plusieurs faits dans lesquels une seule friction avec la poudre d’alun a suffi pour faire disparaître tous les accidents.

Si de pareils succès venaient à se vérifier et à se multiplier, le traitement des angines par l’alun serait d’une importance extrême dans les épidémies. Tous les médecins, en effet, à quelque doctrine qu’ils appartiennent, pourraient l’employer. Ceux qui croient que l’angine maligne et le croup ne sont que le plus haut degré d’une inflammation simple, n’auraient aucune raison de le négligerdès le commencement de la maladie. Ceux qui regardent la diphtérile comme une maladie spécifique ou spéciale, ne craignant plus de se méprendre dans le principe sur la nature de l’affection, en useraient sans hésiter à l’apparition des premiers symptômes. Les malades n’ayant rien à redouter de dangereux de la part d’un pareil remède, pourraient eux-mêmes le mettre en pratique en attendant le médecin, ou lorsqu’il est impossible d’en avoir ou d’aller en consulter. L’alun étant une substance très-commune et d’un fort bas prix, il serait permis à tout le monde d’en avoir chez soi. Enfin dans les campagnes, les médecins pourraient, à l’instar de M. Joannin, en porter constamment sur eux à la moindre menace d’une épidémie croupale, et les bienfaits possibles de cette médication deviendraient immenses.

Plusieurs inflammations de la bouche cèdent également bien au sulfate d’alumine et de potasse; j’en ai souvent fait l’expérience sur celle qui se manifeste chez beaucoup de jeunes sujets, et même dans l’âge adulte entre les dernières dents molaires et à la face interne des joues. Il est peu de personnes qui n’aient éprouvé cette indisposition. Quand les dents dites de sagesse sont peu saillantes, on observe parfois que la portion la plus reculée de la gencive arrêtée par l’apophyse coronoïde s’avance un peu sur celle d’en bas, de manière à être mâchée ou pincée pendant la mastication. La même chose a lieu pour la joue, et le gonflement qui en est la suite favorise le renouvellement du même accident. Or cette phlegmasie, accompagnée ordinairement d’une certaine fétidité de l’haleine et de douleurs vives, d’une teinte grise et d’un état fongueux et saignant des parties qui ont été en contact avec les dents, disparaît presque subitement sous l’influence des applications d’alun. Seulement il faut que la poudre styptique soit portée sur tous les points de la surface malade, glissée, par exemple, sous le lambeau , en espèce de repli

' Observation recueillie par M. Pédélaborde.

2 Observation recueillie par M. Pédélaborde.

CRÉPITATION DOULOUREUSE DES TENDONS

qui tend à recouvrir la dernière molaire d’arrière en avant, de même qu’entre le liséré gengival et le collet des autres dents, partout enfin où les gencives se trouvent malades. Ici tout dépend de la personne qui applique le médicament. Comme les malades alors n’ouvrent pas toujours la bouche sans difficultés, il arrive parfois qu’une partie de la région malade échappe à l’action de l’alun; aussi peut-il devenir utile, dans certains cas, de remplacer le doigt par un petit pinceau qui permet d’aller avec la poudre jusqu’au fond de la rainure enflammée. Pour la joue, cela n’a rien d’embarrassant, et les malades peuvent très-facilement faire eux-mêmes l’application delà poudre.

A l’aide de ces précautions, une amélioration très-notable est obtenue dès le premier jour, et la guérison se complète ordinairement du troisième au sixième; l’exsudation couenneuse s’efface par degrés; la douleur, la fétidité de la bouche, diminuent en même proportion , ainsi que l’engorgement sous-maxillaire, s’il existe; le mouvement de la mâchoire devient plus facile et la mastication de moins en moins pénible; les parties perdent ensuite de leur mollesse, de leur aptitude à répandre

du sang, se rétractent, reprennent enfin leur état naturel, et cessent bientôt d’exiger aucun soin particulier.

Si le pansement tel que je viens de vous l’indiquer est mal fait, au contraire, si la poudre n’est pas exactement portée sur le mal, les accidents se maintiennent, et les malades en accusent le traitement, qu’ils refusent de continuer. J’ai vu souvent en ville des individus auxquels j’avais conseillé cette médication, n’en éprouver aucune modification avantageuse pendant plusieurs jours; je prenais le parti de les panser moi-même, et ils étaient promptement guéris. J’ai fait la même remarque dans les hôpitaux, lorsque je m’en rapportais pour l’application du médicament à des élèves qui ne s’étaient pas fait une idée bien nette de la maladie ou de l’application du remède. Ceux qui l’emploieront avec le désir d’en tirer parti doivent donc se le tenir pour dit : le succès de cette médication dépend de la manière dont on l’emploie bien plus que de l’étendue du mal; je l’ai essayée un grand nombre de fois, et je l’ai toujours trouvée d’une efficacité constante.

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