Châsse du musée de Poitiers
Je ne peux pas séparer les Syriens de la Syrie et leurs œuvres, des autres Syriens, dune colonie très nombreuse qui existait en Gaule et qui y vivait selon ses lois, suivant ses mœurs, c'est-à-dire conformément aux principes d'une esthétique qui n'avait pas abdiqué sa nationalité en venant s'épanouir en Gaule. La littérature du Canada n'est pas une langue de l'Amérique et on peut étudier le français dans certains monuments littéraires géographiquement américains. Il en est de même des monuments Syriens qui se trouvent chez nous aux temps mérovingiens et carolingiens. En vertu d'une sorte de loi des capitulations, eux et leurs similaires n'ont pas perdu leur statut personnel. 11 faut les juger suivant les coutumes de leur pays et il ne faut pas les soustraire à leur juridiction nationale ni leur contester leur état civil.
1. Lossuairc mesure 0,61 cent, de large sur 0, 40 cent, de haut, et les dimensions de la petite châsse de Poitiers sont de 0, 13 X 0, 10 1/2.
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Ils font partie d'un tout indivisible qui est une pensée nettement et individuellement ethnographique.
Grégoire de Tours nous apprend que la Gaule avait de nombreux rapports avec l'Orient.
Il y eut donc chez nous pénétration de Félément oriental par la voie des communications ecclésiastiques.
Inutile de rappeler ici en détail que la liturgie des églises de Vienne et de Lyon était grecque à l'origine.
Saint Pothin et saint Irénée étaient des Grecs '.
M. l'abbé Duchesne, dont l'autorité en cette matière est absolument indiscutable, démontre que c'est à Lyon, et, par conséquent, par l'entremise des Grecs que jai déjà nommés, que s'établit la première constitution officielle de l'Eglise des Gaules.
D'un autre côté, l'Eglise de Lyon se rattache encore à l'Asie grecque par une certaine tradition légendaire et par saint Polycarpe, disciple de l'apôtre saint Jean. La science est ici d'accord avec la légende pour proclamer le caractère oriental et hellénique de notre première conversion à la foi. Nous avons reçu directement de Judée la doctrine du Christ et n'avons pas eu besoin du courtage de l'Italie.
Quelle que soit l'opinion que l'on professe sur le premier évêque de Paris et sur l'époque de son apostolat, un fait est bien certain ; Saint Denys [Dionysos) était un Grec.
Mais la voie religieuse officielle ne fut pas la seule que suivit le génie grec pour nous envahir. Vous savez même, par ce que je vous ai dit déjà, que le débordement de la personnalité grecque et orientale avait précédé le triomphe définitif du christianisme et que, si cette invasion de l'Asie s'annonçait avant 312, elle fut, après cette date, évidente et irrésistible.
Saint Jérôme, mort en 420, dit que les Syriens sont partout^. Je vous ai déjà dit quelque chose de cela l'année dernière.
Ils remplissaient au début, dans les premiers siècles, les métiers les plus humbles : ils étaient porteurs, jardiniers, esclaves.
Ils apportèrent de nouvelles plantes à TOccident. Les plus culti-
1. Consultez là-dessus les Inscriptions chrétiennes de la Gaule de M. Le Blant.
2. Commentaires sur Ezéchicl. In Ezechiel XX^'II, 16,epist. CXXX, 7.
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vés des Syriens étaient précepteurs et danseurs. Ils ont le rôle des esclaves grecs de Tantiquitc. Grœculus esiiriens in cœlum, jusseris, ihil, a dit Juvénal. Ce rôle se releva avec le temps. Ils se font marchands, importateurs, commissionnaires, banquiers. Ils semblent reprendre à leur compte la vieille tradition phénicienne. Ce qu'ils vulgarisent à ce moment, c'est l'influence grecque de l'Orient, c'est la civilisation que nous connaissons par le livre de M. de Vogué, la Syrie Centrale.
Les Syriens faisaient un grand commerce avec l'Occident. Ce commerce consistait en ivoire, étoffes, pierres précieuses, encens, épices, vins (le vin de Gaza était servi sur la table des rois et des grands personnages), laine, verre, peaux, cuirs, papyrus, fruits, huile surtout '
Les Syriens se rencontraient dans tous les ports de la Méditerranée et de l'Adriatique, à toutes les escales de la traversée entre l'Orient et l'Occident. Sidoine Apollinaire parle des Syriens qui chantent l'office {Psfdliinl) à Ravenne^. On aperçoit donc les Syriens à toutes les étapes de la marche en avant de l'art néo-grec ou byzantin vers l'Occident, vers cet Occident qui ne tend qu'à une chose, par toutes sortes de moyens, à désapprendre et à dépouiller sa latinité. La culture gangrenée du monde occidental se tourne instinctivement vers l'Orient et s'ouvre à toutes les effluves, à tous les souffles qui viennent de ce côté.
L'activité du commerce entre Marseille, la vieille Phocée phénicienne, et la côte de Syrie est attestée par Grégoire de Tours^. Un texte hagiographique parle des marchands de Paris qui faisaient fréquemment le voyage de Syrie''. Bien plus, un marchand syrien habitant Paris acheta, à prix d'argent, le siège épiscopal de cette ville et introduisit dans l'administration du diocèse une foule de Syriens de sa famille. C'est Grégoire qui le raconte dans son livre X, chap. XXVI. La présence des Syriens en Gaule est affirmée par nombre de tombes syriennes. Il y en avait à Besançon ^, à Trêves, à Narbonne, à Arles ^, à Lyon et aux environs.